{"id":118,"date":"2012-09-10T17:48:20","date_gmt":"2012-09-10T15:48:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/?p=118"},"modified":"2012-09-10T17:48:20","modified_gmt":"2012-09-10T15:48:20","slug":"la-boucle-action-connaissance-engagement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/2012\/09\/10\/la-boucle-action-connaissance-engagement\/","title":{"rendered":"La boucle action-connaissance-engagement"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"text-decoration: underline\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/jll.jpg\" data-rel=\"lightbox-image-0\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-121\" title=\"\" src=\"http:\/\/www.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/jll-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" \/><\/a>Un chapitre du livre <em>Penser et agir en complexit\u00e9, avec Jean-Louis Le Moigne<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n(sous la direction de Dominique Genelot et Marie-Jos\u00e9 Avenier, \u00c9d.\u00a0 L&rsquo;Harmattan, 2012)<\/p>\n<p>Bruno Tardieu &#8211; D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 national ATD Quart Monde France, 10 Aout 2011<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.canal-insep.fr\/fr\/pensee_complexe\/06-la-synergie-connaissance-action-engagement\">Pour voir l&rsquo;intervention en vid\u00e9o.<\/a><a href=\"http:\/\/www.canal-insep.fr\/fr\/pensee_complexe\/06-la-synergie-connaissance-action-engagement\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-174 alignnone\" title=\"Capture-20\" src=\"http:\/\/www.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/Capture-203.png\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"138\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p>Merci aux organisateurs de cette journ\u00e9e de me permettre de retrouver Jean-Louis Le Moigne aujourd\u2019hui et de retrouver ceux qu\u2019il m\u2019a fait rencontrer au fil de ces 15 ans, gr\u00e2ce au r\u00e9seau qu\u2019il a construit. C&rsquo;est une joie de voir que dans cette salle beaucoup de gens ont collabor\u00e9 avec le Mouvement ATD Quart Monde d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, et ont ainsi contribu\u00e9 \u00e0 la lutte contre l\u2019exclusion sociale gr\u00e2ce \u00e0 lui et aux liens intellectuels et humains qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9s.<\/p>\n<p>ATD Quart Monde a identifi\u00e9 que la lutte contre la mis\u00e8re \u00e9tait \u00e9galement la lutte contre \u00ab\u00a0l\u2019exclusion sociale\u00a0\u00bb, un terme cr\u00e9\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 par Joseph Wresinski, fondateur d\u2019ATD Quart Monde. Cela rejoint une des notions principales de Jean-Louis Le Moigne\u00a0: pour comprendre un ph\u00e9nom\u00e8ne, il faut le contextualiser. Pour approcher une compr\u00e9hension de la persistance de la mis\u00e8re dans des pays riches comme le n\u00f4tre, il fallait la situer dans les relations sociales et montrer qu\u2019elle est \u00e0 la fois cause et cons\u00e9quence d\u2019un rejet social\u00a0: la mis\u00e8re est entre nous, elle n\u2019est pas le probl\u00e8me de certains\u00a0; c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 per\u00e7ue diff\u00e9remment par ceux qui la vivent et par les autres, ce qui nous s\u00e9pare, c\u2019est une apartheid sociale.<!--more--><\/p>\n<p>Je dois ma rencontre avec Jean-Louis Le Moigne \u00e0 mon fr\u00e8re Hubert Tardieu, \u00e9galement ici pr\u00e9sent, qui travaillait avec Jean-Louis depuis les ann\u00e9es 70 et s\u2019int\u00e9ressait aussi \u00e0 mon engagement \u00e0 ATD Quart Monde. Il savait \u00e9galement le contenu de mes recherches en mod\u00e9lisation des syst\u00e8mes, quand j\u2019\u00e9tais ing\u00e9nieur-chercheur, avant de devenir volontaire permanent d\u2019ATD Quart Monde. Hubert a senti des proximit\u00e9s intellectuelles probables entre le nouvel humanisme de la complexit\u00e9 qui se d\u00e9gageait des travaux de Jean-Louis et l\u2019approche globale et ouverte d\u2019ATD Quart Monde. Il a senti aussi que la tension entre connaissance et engagement \u00e9tait vive en moi, tenant autant \u00e0 mes valeurs scientifiques de chercheur et \u00e0 mes valeurs d\u2019engagement social de volontaire permanent. Il a pens\u00e9, et il ne s\u2019est pas tromp\u00e9, que ces tensions pourraient \u00eatre explor\u00e9es plus avant dans un dialogue avec Jean-Louis.<\/p>\n<p>Je vais essayer de m\u00e9diter devant vous sur ces tensions entre engagement et connaissance, sur la triade \u00ab\u00a0action, engagement et connaissance\u00a0\u00bb qui est le fil de ma vie et aussi une probl\u00e9matique constante d\u2019ATD Quart Monde.<\/p>\n<p><strong>Ma premi\u00e8re rencontre avec Jean-Louis Le Moigne<\/strong><\/p>\n<p>Lors de la premi\u00e8re rencontre avec Jean-Louis et Hubert, j\u2019\u00e9tais heureux de chercher \u00e0 renouer un fil avec l\u2019universit\u00e9 avec laquelle j\u2019avais v\u00e9cu une rupture, mais sans trop esp\u00e9rer cr\u00e9er des liens sur le fond. Je lui ai pr\u00e9sent\u00e9 ATD Quart Monde qui, disais-je, organise le refus de la mis\u00e8re depuis pr\u00e8s de 60 ans, affirme qu\u2019elle n\u2019est pas fatale, affirme qu\u2019elle est l\u2019\u0153uvre des hommes et que les hommes peuvent la d\u00e9truire.<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019a beaucoup frapp\u00e9, c\u2019est qu\u2019apr\u00e8s m\u2019avoir \u00e9cout\u00e9, il m\u2019a parl\u00e9 de travailleurs sociaux \u00e0 Nantes, (il parlait je suppose de l\u2019\u00e9quipe de Bruno Tricoire) qui \u00e9taient venus \u00e0 lui parce qu\u2019ils en avaient assez que la soci\u00e9t\u00e9 leur \u00ab\u00a0refile\u00a0\u00bb le probl\u00e8me de la grande pauvret\u00e9 en refusant de faire le lien mis\u00e8re et questions syst\u00e9miques de nos soci\u00e9t\u00e9s. La soci\u00e9t\u00e9 demande aux travailleurs sociaux de s\u2019occuper de la pauvret\u00e9, en s\u00e9parant cette question des autres questions de soci\u00e9t\u00e9, en esp\u00e9rant ainsi pouvoir la sortir du champ des pr\u00e9occupations centrales et continuer le \u00ab\u00a0business as usual\u00a0\u00bb . Ces travailleurs sociaux venaient chercher chez Le Moigne des outils pour montrer que cela n\u2019est pas possible, qu\u2019\u00e0 traiter la question de la grande pauvret\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment, on ne fera que la renforcer. Jean-Louis leur a montr\u00e9 l\u2019ardente n\u00e9cessit\u00e9 de contextualiser toute chose, pour construire son intelligibilit\u00e9.<\/p>\n<p>On ne peut pas lutter contre la mis\u00e8re, toutes choses \u00e9gales par ailleurs, elle est au milieu de nous, elle est dans tout et on doit chercher la nature des liens entre la mis\u00e8re et le reste de la soci\u00e9t\u00e9. \u00ab\u00a0Contextualiser\u00a0\u00bb c\u2019est le premier mot que j\u2019ai appris de Jean-Louis et dont je me sers quotidiennement.<\/p>\n<p>Un autre mot cl\u00e9 de sa pens\u00e9e, outil indispensable pour moi aujourd\u2019hui, c\u2019est la notion de r\u00e9duction. La mis\u00e8re c\u2019est aussi la r\u00e9duction\u00a0; quand on r\u00e9duit la mis\u00e8re \u00e0 l\u2019id\u00e9e que les gens qui la vivent ont besoin de soupe ou un h\u00e9bergement, on r\u00e9duit l\u2019humain, et on prolonge la mis\u00e8re. En permanence les actions contre la mis\u00e8re sont r\u00e9ductrices, r\u00e9duisent l\u2019humain et nient aux gens tr\u00e8s pauvres le besoin de culture, de savoir, le besoin d\u2019art, de liens sociaux et politiques, tous les besoins humains. D\u00e8s qu\u2019on r\u00e9duit l\u2019action contre la mis\u00e8re \u00e0 ces besoins organiques, on perp\u00e9tue la mis\u00e8re. Soupe populaire, h\u00e9bergement c\u2019est ce qui occupe majoritairement l\u2019esprit de notre soci\u00e9t\u00e9 quand elle pense lutte contre la mis\u00e8re\u00a0; et c\u2019est terrible. Comme disait Genevi\u00e8ve de Gaulle qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sidente de notre mouvement\u00a0: \u00ab\u00a0un toit et une soupe, c\u2019est ce dont a besoin mon chien, ce n\u2019est pas ce dont ont besoin les \u00eatres humains.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019ai aussi beaucoup appris de la critique que Le Moigne fait de Descartes\u00a0; elle m\u2019a permis de mieux comprendre notre fondateur Joseph Wresinski qui, n\u00e9 dans la mis\u00e8re, s\u2019est b\u00e2ti une intelligence tr\u00e8s fine et reli\u00e9e aux autres personnes, en dehors des canons de la pens\u00e9e dominante. La mis\u00e8re par exemple n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la grande tentation de la sp\u00e9cialisation. La mis\u00e8re devient une question de sp\u00e9cialistes, (sociaux, humanitaires, m\u00e9decins\u2026) et de ce fait perd son vrai sens, emp\u00eachant les citoyens de se poser les bonnes questions et donc de comprendre, d\u2019agir, de s\u2019engager. Joseph Wresinski se m\u00e9fiait d\u2019\u00eatre instrumentalis\u00e9 comme un sp\u00e9cialiste de la mis\u00e8re, ou que son Mouvement le devienne. Il disait\u00a0aux membres d\u2019ATD Quart Monde: \u00ab\u00a0nous n\u2019avons pas le sort des plus pauvres entre les mains, il se jouera dans la soci\u00e9t\u00e9 ou ne se jouera pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans sa d\u00e9construction des canons cart\u00e9siens, Jean-Louis m\u2019a permis de d\u00e9couvrir aussi combien les plus d\u00e9munis sont rejet\u00e9s parce qu\u2019ils tiennent des discours contradictoires, qui ne peuvent pas s\u2019\u00e9couler comme des logiques d\u00e9ductives simples. Les faits li\u00e9s \u00e0 la mis\u00e8re sont de fait incompr\u00e9hensibles, illogiques, contenant des contradictions insoutenables, contradictions v\u00e9cues par les plus pauvres. Pour pouvoir les penser, il faut s\u2019impliquer, prendre position \u00e9thique face \u00e0 ces r\u00e9alit\u00e9s pour sortir des contradictions, mais nos soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9f\u00e8rent souvent d\u00e9noncer ceux qui les subissent, les incarnent et les nomment comme \u00e9tant eux m\u00eames contradictoires. Je reviens par l\u00e0 \u00e0 la triade action-connaissance-engagement.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9former les m\u00e9thodes d\u2019\u00e9valuation-programmation d\u2019ATD Quart Monde<\/strong><\/p>\n<p>Jean-Louis Le Moigne a accompagn\u00e9 ATD Quart Monde dans plusieurs projets, en particulier dans la r\u00e9forme de notre m\u00e9thode d\u2019\u00e9valuation programmation. Nous avions b\u00e2ti cette m\u00e9thode dans les ann\u00e9es 70 \u00e0 base de cybern\u00e9tique et de philosophie pragmatique mise en m\u00e9thode dans la guerre contre la pauvret\u00e9 aux Etats-Unis. Il s\u2019agit d\u2019objectiver les effets de l\u2019action pour mieux la conduire, et pour cela de connaitre la situation et ses \u00e9volutions.<\/p>\n<p>Notre mouvement s\u2019est longtemps vu critiqu\u00e9 par les universit\u00e9s comme \u00e9tant ill\u00e9gitime \u00e0 vouloir apporter une connaissance des situations de pauvret\u00e9\u00a0: \u00e9tant engag\u00e9s, nous n\u2019\u00e9tions pas neutres et donc notre connaissance n\u2019\u00e9tait pas valide.<\/p>\n<p>Cette question du lien entre les valeurs d\u2019engagement et les valeurs de connaissance qui m\u2019habitaient, sont aussi centrales pour le Mouvement lui-m\u00eame, et pour son institut de recherche fond\u00e9 dans les ann\u00e9es 60. Les universitaires am\u00e9ricains \u00e9taient plus \u00e0 l\u2019aise \u00e0 travailler avec notre institut que les Fran\u00e7ais, \u00e9tant convaincus qu\u2019il existe une connaissance issue de l\u2019action et de l\u2019implication.<\/p>\n<p>Est-ce que du fait que nous sommes engag\u00e9s, que nous avons une intention, ce que nous disons sur la grande pauvret\u00e9 est entach\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9 cardinal pour la science, c\u2019est-\u00e0-dire que cette connaissance est biais\u00e9e, n\u2019est pas objective\u00a0? Alors que ces critiques d\u00e9cr\u00e9dibilisaient notre institut de recherche, notre connaissance continuait d\u2019\u00eatre sollicit\u00e9e, consid\u00e9r\u00e9e comme pertinente par des gouvernements et des instituts de formation \u00e0 l\u2019action.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0pertinence\u00a0\u00bb, encore un mot appris de Jean-Louis pour qualifier une connaissance\u00a0: la connaissance construite est-elle utile, a-t-elle un sens face aux probl\u00e8mes pos\u00e9s\u00a0? Je crois maintenant \u00e0 sa suite qu\u2019il n\u2019y a pas de recherche de connaissance sans but, de connaissance ind\u00e9pendante d\u2019une intention, et que le reconna\u00eetre \u00e9claire le chemin \u00e9pist\u00e9mologique.<\/p>\n<p>Les d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques ont sugg\u00e9r\u00e9 que la connaissance objective doit \u00eatre remplac\u00e9e par la connaissance subjective, avec tout le relativisme que cela d\u00e9clenche\u00a0; puis est apparue la connaissance multi points de vue\u00a0: la connaissance inter-subjective. Loin d\u2019\u00eatre une connaissance \u00ab\u00a0d\u2019en haut\u00a0\u00bb elle permet d\u2019approcher le r\u00e9el en confrontant les perceptions diverses et donc plusieurs aspects du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Tout cela est connu. Mais Jean-Louis Le Moigne m\u2019a apport\u00e9 un pas de plus dans ce d\u00e9bat. Et pour me faire comprendre je veux vous raconter une histoire vraie.<\/p>\n<p>La Banque Mondiale nous avait financ\u00e9 une recherche pour recueillir les histoires de r\u00e9ussite de familles tr\u00e8s pauvres \u00e0 travers le monde. Nous avions collect\u00e9 des r\u00e9cits de familles sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations aux Philippines, au Burkina Faso, au P\u00e9rou, et en France et nous tenions un s\u00e9minaire avec des sociologues, des gens de la Banque Mondiale et des praticiens pour tirer des enseignements de ces r\u00e9cits en vue de la publication d\u2019un livre aujourd\u2019hui paru \u00ab\u00a0Eradiquer la mis\u00e8re\u00a0\u00bb (Godinot et al, PUF, 2009).<\/p>\n<p>Un ami sociologue am\u00e9ricain, Christopher Winship, directeur du d\u00e9partement de sociologie \u00e0 Harvard, et passionn\u00e9 de la pens\u00e9e Wresinski, exposait la puissance de la m\u00e9thode d\u2019intersubjectivit\u00e9 pour collecter les r\u00e9cits et pour les interpr\u00e9ter. Nous avions de fait des r\u00e9cits de familles \u00e9crits de plusieurs points de vue qui leur donnaient cr\u00e9dibilit\u00e9 et une profondeur. Il expliquait que si chacun dans sa subjectivit\u00e9 dit l\u2019aspect de la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il per\u00e7oit, et que de ces diff\u00e9rents points de vue on constate des changements, on pourra affirmer qu\u2019il y a r\u00e9ellement eu changements. Et Winship poussait plus loin pour dire que l\u2019interpr\u00e9tation de ces r\u00e9cits devait se faire aussi de la m\u00eame mani\u00e8re, en r\u00e9unissant les diff\u00e9rents points de vue sur le sens de ces r\u00e9cits, avec et y compris le point de vue de la Banque Mondiale.<\/p>\n<p>Mais pour le sociologue de l\u2019\u00e9ducation Burkinab\u00e9, Am\u00e9d\u00e9 Badini, \u00e9galement pr\u00e9sent lors de ce s\u00e9minaire, cette approche ne convenait pas du tout\u00a0: il comprenait tr\u00e8s bien l\u2019id\u00e9e d\u2019intersubjectivit\u00e9 mais il s\u2019interrogeait : \u00ab\u00a0Pourquoi devrais-je offrir mon savoir \u00e0 la Banque Mondiale, pourquoi les jeunes qui vivent \u00e0 la rue devraient-ils offrir leur savoir \u00e0 la Banque Mondiale\u00a0? Quel savoir va-t-elle construire avec tout cela\u00a0? Que va-t-elle faire de ce savoir\u00a0? Quelle est son intention\u00a0? Qu\u2019est-ce qui va me d\u00e9cider moi \u00e0 donner mon savoir\u00a0?\u00a0\u00bb Il rappelait ainsi que l\u2019acte de partager sa perception du r\u00e9el, son point de vue est un acte qui engage, et qu\u2019il ne peut \u00eatre fait que dans le cadre d\u2019une intention partag\u00e9e, s\u2019il y a un projet et un engagement commun dans ce projet.<\/p>\n<p>Les gens tr\u00e8s pauvres r\u00e9agissent le plus souvent de la m\u00eame mani\u00e8re : ils ne veulent pas donner leur savoir, leur connaissance \u00e0 tous les enqu\u00eateurs et sociologues qui viennent les voir. Pourquoi le feraient-ils\u00a0? Ils ne le feront pas, tant qu\u2019ils n\u2019ont pas la certitude que le projet de construction de savoir auquel ils sont invit\u00e9s \u00e0 contribuer n\u2019a pas une intention claire, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, tant que cette intention n\u2019est pas clairement de faire cesser l\u2019insupportable, la souffrance inutile et sans nom. Alors que nombre d\u2019enqu\u00eateurs anthropologues ou sociologues affirment qu\u2019il faut \u00eatre neutre, ne pas dire ses intentions m\u00eame s\u2019il y en a, nous affirmons que pour construire du savoir avec des populations en souffrance et en grande faiblesse politique, il faut au contraire annoncer clairement ses intentions, le but de la recherche pour en faire des co-chercheurs. Sinon les connaissances accumul\u00e9es par nos universit\u00e9s qui se targuent de neutralit\u00e9 sont fausses car les premiers informateurs ne sentent pas l\u2019engagement des chercheurs, se m\u00e9fient, se demandent comment cette connaissance va se retourner contre eux, et disent \u00e0 leur interlocuteur ce qu\u2019il veut entendre\u00a0; ils ne collaborent pas vraiment \u00e0 la recherche. Cela souligne l\u2019aspect intentionnel de la connaissance, un aspect de la valeur de la connaissance qu\u2019est sa pertinence\u00a0; la connaissance n\u2019est pas ind\u00e9pendante de l\u2019implication et de l\u2019action.<\/p>\n<p>Donc au-del\u00e0 du d\u00e9bat st\u00e9rile \u00ab\u00a0savoir objectif-savoir subjectif\u00a0\u00bb Jean-Louis a forg\u00e9 une notion pour moi fondamentale, qui est le savoir projectif. Un savoir projectif, qui dit clairement son intention d\u2019action, a plus de chance de mobiliser des processus de contributions pertinentes de la part des parties prenantes. Un savoir est toujours dans un projet, et il est faux croire qu\u2019on peut en faire un objet, neutre et utilisable dans tous les sens. La connaissance doit apprendre \u00e0 penser avec l\u2019implication humaine et sortir de son aveuglement sur les intentions du chercheur de connaissance.<\/p>\n<p><strong>De la dualit\u00e9 \u00ab\u00a0connaissance-action\u00a0\u00bb, \u00e0 la triade \u00ab\u00a0connaissance-action-engagement\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Beaucoup de travaux ont \u00e9t\u00e9 faits, et Bruno Tricoire en a parl\u00e9, sur le \u00ab\u00a0penser et agir\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0agir et penser\u00a0\u00bb comme dialogique, deux p\u00f4les \u00e0 penser ensemble. J\u2019ai eu la chance de travailler sur deux livres : <em>Artisans de d\u00e9mocratie<\/em> (Ed. de l&rsquo;Atelier, Paris 1998) et <em>High Technology and Low-Income Communities<\/em> (MIT, Cambridge, 1998) et plusieurs recherches avec Donald Sch\u00f6n, philosophe pragmatiste am\u00e9ricain au MIT, aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9, l\u2019auteur du \u00ab\u00a0praticien r\u00e9flectif\u00a0\u00bb. L\u2019action n\u2019est pas une application de la th\u00e9orie, l\u2019action n\u2019est pas l\u2019esclave de la th\u00e9orie, mais l\u2019action et la th\u00e9orie se nourrissent l\u2019une l\u2019autre. Epist\u00e9mologie et pragmatique, si l\u2019on veut prendre les mots savants, ont \u00e9t\u00e9 le sujet de plusieurs travaux du r\u00e9seau MCX. A mon sens, il manque un point pour bien penser ce lien, un troisi\u00e8me p\u00f4le, et ce point c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019\u00e9thique ou \u00ab\u00a0l\u2019engagement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9constructions de la pens\u00e9e cart\u00e9sienne, Jean-Louis m\u2019a appris \u00e0 reconnaitre notre docilit\u00e9 intellectuelle devant la perfection du donc. Quand nous avons trois points comme action, connaissance, et engagement nous cherchons une chaine logique. Et le plus souvent cela consiste \u00e0 dire\u00a0: \u00ab\u00a0Il me faut la connaissance et quand j\u2019aurai la connaissance je pourrai en d\u00e9duire la meilleure action possible, et quand j\u2019aurai la meilleure action possible alors je pourrai m\u2019y engager, ou engager d\u2019autres.\u00a0\u00bb Connaissance donc action, donc engagement. Edgar Morin m\u2019a appris la f\u00e9condit\u00e9 d\u2019apprendre \u00e0 penser en triade, trois p\u00f4les en interactions.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9faire des praticiens de mon entourage de la r\u00e8gle d\u2019airain non-dite qui nous poss\u00e8de\u00a0: connaissance donc action donc engagement, je raconte souvent une petite histoire stupide\u00a0: le congr\u00e8s des souris.<\/p>\n<p>Il y avait tous les ans le congr\u00e8s des souris, et cette ann\u00e9e l\u00e0 ils avaient trouv\u00e9 un excellent sujet\u00a0: le chat. Tr\u00e8s bon sujet. Beaucoup approuvaient ce sujet, l\u2019organisation du congr\u00e8s avait \u00e9t\u00e9 faite pour le mieux, et on annon\u00e7ait une affluence record. Le premier jour \u00e9tait consacr\u00e9 aux grosses t\u00eates, les intelligents, les scientifiques. Premier jour\u00a0: connaissance. Ils avaient fait des statistiques formidables, des graphiques prouvant que le chat c\u2019\u00e9tait vraiment un probl\u00e8me, les courbes des morts par le chat, des t\u00e9moignages bouleversants, etc. Au bout de la premi\u00e8re journ\u00e9e, on avait bien la connaissance en main. Les grosses t\u00eates ont d\u00fb partir car ils avaient d\u2019autres congr\u00e8s, forc\u00e9ment, et puis les questions pratiques des deuxi\u00e8mes et troisi\u00e8mes jours n\u2019\u00e9taient pas de leur niveau.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me jour\u00a0\u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019action. Il fallait chercher des solutions, donc on avait fait venir les ing\u00e9nieurs. Ils avaient fait des \u00e9tudes de bonnes pratiques et des simulations et montraient que si les souris entendaient venir le chat, dans 100% des cas elles se sauvaient et \u00e9taient par l\u00e0 sauv\u00e9es. Les pr\u00e9visions de morts par le chat baissaient radicalement. Et donc la question devenait\u00a0: comment rendre le chat moins silencieux que la nature l\u2019avait cr\u00e9\u00e9\u00a0 afin que les souris l\u2019entendent venir\u00a0? La solution est apparue \u00e9vidente\u00a0: si le chat porte une clochette \u00e0 son coup, toutes les souris l\u2019entendront. Et ce sera la fin de nos probl\u00e8mes. L\u2019enthousiasme \u00e9tait \u00e0 son comble. Les ing\u00e9nieurs sont partis le soir du deuxi\u00e8me jour (ils avaient eux aussi un autre congr\u00e8s) sous les applaudissements.<\/p>\n<p>Et le troisi\u00e8me jour sont rest\u00e9s tous les autres. C\u2019\u00e9tait le jour consacr\u00e9 aux suites pratiques du congr\u00e8s. Et la question a \u00e9t\u00e9\u00a0: mais qui va accrocher la cloche au cou du chat\u00a0?<\/p>\n<p>Et l\u00e0 on s\u2019est rendu compte que ce colloque n\u2019\u00e9tait finalement pas si bien organis\u00e9 que \u00e7a ! Voil\u00e0\u00a0!<\/p>\n<p>Tout cela pour dire que l\u2019engagement n\u2019est pas seulement la cons\u00e9quence d\u00e9duite de la connaissance et de l\u2019action, il est aussi une donn\u00e9e de base, aussi essentielle que les deux autres\u00a0: qui va faire le travail ? Qui sera l\u2019acteur et comment le sera-t-il\u00a0?<\/p>\n<p>Il faut autant partir de la connaissance de la situation et des buts d\u2019actions que partir du d\u00e9sir, de l\u2019\u00e9nergie, de la volont\u00e9 d\u2019engagement de chacun pour construire un projet, pour faire le travail. L\u2019engagement de chacun, son type d\u2019implication, est une donn\u00e9e essentielle qui fait partie int\u00e9grante de la probl\u00e9matique de chaque projet.<\/p>\n<p>Si on ne reste qu\u2019entre connaissance et action, en faisant abstraction de l\u2019\u00e9nergie humaine des acteurs, de leur d\u00e9sir d\u2019engagement et leurs limites, on a toutes les chances d\u2019\u00e9chouer ou de devoir imposer des t\u00e2ches \u00e0 chacun par la violence. Ou alors, de devenir un syst\u00e8me qui n\u2019a plus besoin de l\u2019\u00e9nergie de nombre de ses membres.<\/p>\n<p>Les gens qui entrent \u00e0 ATD Quart Monde entrent par le chemin de l\u2019engagement. C\u2019est une donn\u00e9e de base commune \u00e0 tous, ce n\u2019est pas un tabou et personne n\u2019est forc\u00e9 \u00e0 entrer.<\/p>\n<p>Aussi parlons-nous r\u00e9guli\u00e8rement et librement\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>de connaissance-engagement\u00a0: en effet certains aspects de la connaissance peuvent venir de son engagement. Ce qui nous bouleverse est un vecteur de connaissance.<\/li>\n<li>de connaissance-action\u00a0: nous apprenons par l\u2019action,<\/li>\n<li>et bien s\u00fbr aussi de connaissance mesurable.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces 3 natures de connaissances &#8211; le savoir qui vient de l\u2019action, le savoir qui vient de l\u2019existence et le savoir qui vient de l\u2019objectivation- nous les travaillons dans ce qu\u2019on appelle le croisement des savoirs, entre les porteurs de ces savoirs eux-m\u00eames. Ce croisement am\u00e8ne \u00e0 une connaissance l\u00e9gitime aux yeux des diff\u00e9rentes parties prenantes, et f\u00e9conde pour une transformation.<\/p>\n<p><strong>Le pi\u00e8ge de la comp\u00e9tence<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons d\u00fb travailler ces questions de liens entre connaissance, action et engagement en interne, ne serait-ce que pour comprendre le mod\u00e8le de fonctionnement d\u2019ATD Quart Monde et faire continuer son aventure. Mais il me semble que ces questions sont aussi des questions de soci\u00e9t\u00e9 et je voudrais en \u00e9voquer deux.<\/p>\n<p>La neutralit\u00e9 scientifique fait aussi qu\u2019on en arrive \u00e0 la posture de consultant. J\u2019ai beaucoup d\u2019amis consultants dans la salle, je m\u2019excuse pour cette critique radicale que je vais faire, mais j\u2019assume.\u00a0Tr\u00e8s souvent, le consultant tire sa l\u00e9gitimit\u00e9 de sa distance aux probl\u00e9matiques, afin d\u2019en voir l\u2019essentiel, de ne pas \u00eatre impliqu\u00e9, de ne pas \u00eatre \u00ab\u00a0pris\u00a0\u00bb par les situations.\u00a0Miguel Benasayag, un philosophe p\u00e9dagogue que j\u2019aime aussi beaucoup, dit que la comp\u00e9tence nous pi\u00e8ge et pi\u00e8ge notre syst\u00e8me d\u2019enseignement. On nous a fait croire qu\u2019on pourrait \u00eatre comp\u00e9tent quelle que soit l\u2019intention, quel que soit le but. Quelqu\u2019un sait animer une r\u00e9union parfaitement bien, et que ce soit au Front de gauche, au Modem ou au Front National n\u2019y change rien\u00a0: il est comp\u00e9tent.<\/p>\n<p>Cela peut amener de graves disfonctionnements de d\u00e9crocher le savoir de l\u2019intention. Plut\u00f4t que de vanter la comp\u00e9tence, qui est interchangeable vis-\u00e0-vis des probl\u00e8mes et aussi des personnes (le consultant devient aussi jetable qu\u2019il sait se d\u00e9tacher des situations) je pr\u00e9f\u00e8rerais parler de talent comme on a dit ce matin, ou de passion. Il n\u2019y a pas de comp\u00e9tence sans but, sans pertinence, et donc sans engagement \u00e9thique vis-\u00e0-vis de la probl\u00e9matique \u00e0 laquelle on s\u2019attache. Voil\u00e0, premi\u00e8re chose.<\/p>\n<p><strong>Un chemin vers la fin du ch\u00f4mage\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me chose\u00a0: \u00e0 ATD Quart Monde se pr\u00e9sentent des gens de toutes sortes, sur le simple fait qu\u2019ils veulent s\u2019engager. Je n\u2019embauche personne, j\u2019ai cette chance-l\u00e0, on prend tout le monde, soit comme b\u00e9n\u00e9voles soit comme volontaires permanents salari\u00e9s au smic. Je suis volontaire permanent moi-m\u00eame\u00a0et nous sommes 100 en France et 450 en tout dans le monde.<\/p>\n<p>Le management et la gestion des ressources humaines dans cette situation l\u00e0 sont tr\u00e8s diff\u00e9rents du \u00ab\u00a0connaissance donc action donc engagement\u00a0\u00bb. Classiquement cette cha\u00eene logique se traduit par une logique qui commence par l\u2019analyse de la situation, d\u2019o\u00f9 on d\u00e9duit un plan strat\u00e9gique, d\u2019o\u00f9 on d\u00e9duit des profils de postes pour lesquels on embauche des gens qu\u2019on fait entrer dans ces postes pr\u00e9d\u00e9finis. \u2018Qui va accrocher la cloche au cou du chat\u00a0?\u2019<\/p>\n<p>En tant que responsable d\u2019ATD Quart Monde en France, ma pratique est inverse. Nous commen\u00e7ons par chercher une place \u00e0 chacun. Nous recevons quelqu\u2019un que nous ne connaissons pas encore. S\u2019il comprend \u00e0 quoi il s\u2019engage sur le plan mat\u00e9riel, je l\u2019embauche pour un an. Au cours de cette ann\u00e9e nous lui proposons une premi\u00e8re mission, puis une deuxi\u00e8me et petit \u00e0 petit nous d\u00e9couvrons ses talents, ses passions, son \u00e9nergie. De son c\u00f4t\u00e9, la personne entre en intelligence avec la repr\u00e9sentation des r\u00e9alit\u00e9s de la mis\u00e8re et de la soci\u00e9t\u00e9 que construit ATD Quart Monde, son analyse, ses objectifs et strat\u00e9gies, ses engagements et choix \u00e9thiques. Elle est d\u2019embl\u00e9e appel\u00e9e \u00e0 y contribuer en \u00e9crivant des rapports d\u2019observation pour partager sa perception, des rapports d\u2019activit\u00e9 pour relire l\u2019action, et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir avec d\u2019autres \u00e0 son engagement. Si elle continue de se trouver en accord avec les rep\u00e8res collectifs, le chemin continue. La triade action-connaissance-engagement devient une mobilisation des intelligences de chaque personne et du collectif. Ainsi, par t\u00e2tonnement, le groupe et la personne elle-m\u00eame trouvent une place et une mission qui correspondent le mieux \u00e0 la personne, \u00e0 sa volont\u00e9, son engagement, ses talents. Le but est de faire fructifier le point de rencontre entre ses passions et le projet du Mouvement. Chaque personne modifie donc le Mouvement. Des changements de mission tr\u00e8s vari\u00e9s tous les 3 \u00e0 6 ans permettent de suivre l\u2019\u00e9volution de la personne, et d\u2019accompagner sa recherche de d\u00e9veloppement. Tous les gens qui viennent \u00e0 ATD Quart Monde n\u2019ont pas fait des grandes \u00e9tudes ni eu le temps de d\u00e9velopper tous leurs talents. Certains viennent eux-m\u00eames de la grande pauvret\u00e9 et ne trouvent pas de travail dans la soci\u00e9t\u00e9 qui les consid\u00e8re inemployables. Avec cette approche \u00e0 partir des personnes autant qu\u2019\u00e0 partir de l\u2019analyse ou les objectifs, on arrive \u00e0 trouver une place \u00e0 chacun et chacun peut \u00e9voluer, se former dans le travail, se d\u00e9velopper et \u00eatre en disposition d\u2019esprit de vouloir donner le meilleur de lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce retournement d\u2019approche, nous l\u2019avons appliqu\u00e9 aussi \u00e0 des entreprises d\u2019insertion d\u2019un type nouveau \u00ab\u00a0travailler et apprendre ensemble\u00a0\u00bb. Elle nous fait regarder autrement la question de l\u2019emploi et de la formation. Et il nous vient \u00e0 r\u00eaver d\u2019un droit \u00e0 l\u2019emploi universel. Comme ATD Quart Monde a gagn\u00e9 la Couverture Maladie Universelle, le Droit au logement opposable, on en vient \u00e0 r\u00eaver d\u2019une \u00e9conomie qui ne penserait pas seulement \u00e0 faire entrer les personnes dans les plans, mais qui parte des personnes et de leur \u00e9nergie pour cr\u00e9er de la richesse.<\/p>\n<p>Et je voudrais citer encore mon fr\u00e8re Hubert qui m\u2019a fait lire le livre de Norbert\u00a0Alter \u00ab\u00a0donner et prendre &#8211; la coop\u00e9ration en entreprise\u00a0\u00bb. Ce livre montre que l\u2019entreprise, \u00e0 force de rationaliser les processus pour maximiser les profits, ne sait plus partir de l\u2019\u00e9nergie des personnes, de leur d\u00e9sir de coop\u00e9rer. Du coup de plus en plus d\u2019employ\u00e9s se d\u00e9mobilisent, et de plus en plus de gens sont mis sur la touche ne correspondant pas aux besoins de l\u2019entreprise. Et tout cela nous appauvrit consid\u00e9rablement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un chapitre du livre Penser et agir en complexit\u00e9, avec Jean-Louis Le Moigne (sous la direction de Dominique Genelot et Marie-Jos\u00e9 Avenier, \u00c9d.\u00a0 L&rsquo;Harmattan, 2012) Bruno Tardieu &#8211; D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 national ATD Quart Monde France, 10 Aout 2011 Pour voir l&rsquo;intervention &hellip; <a href=\"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/2012\/09\/10\/la-boucle-action-connaissance-engagement\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-118","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-interventions-publiques"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=118"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=118"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=118"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blogs.atd-quartmonde.fr\/brunotardieu\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}