La vision grise, « crottante » et sale de cette petite place au 27 rue Saint Fargeau est à pleurer. Amas de déprime… Il suffirait de presque rien pour que l’endroit devienne vivant, coloré, un peu plus dignisant.

Durant l’été 2016, la Mairie de Paris propose des permis de végétaliser et je m’en réjouis. Et m’en empare.

Avec Françoise, habitante de l’immeuble, nous décidons de nettoyer, retourner la terre et de planter.

Une fois par semaine, pendant un mois. Et de la complicité se vit entre nous au fur et à mesure de ces séances de jardinage. Nous nous disons un peu. Françoise taquine mon ignorance des choses du jardin.

C’est aussi une occasion de rencontrer, de connaître, les habitants et de découvrir leur intérêt pour le quartier. « C’est bien ce que vous faîtes » ou «  de toute façon, ça sert à rien, ils respectent rien »… De petites phrases qui disent la sensibilité, le désir que ce soit beau, la reconnaissance que nous passions un peu de temps pour embellir, mais aussi l’amertume, l’injustice ressentie.

Laisse-t-on ce genre de désolation s’installer dans les beaux quartiers ? Alors, nous essayons de conjurer le sort. Françoise entretient tous les jours, laisse un carton près des arbres le soir pour que les gens y jettent leurs cannettes et autres mégots.

Et des habitants nous aident. Certains par leurs conseils, d’autres par l’achat de graines, de plantes. L’employé du bazar creuse la terre, les quelques minutes où il n’y a pas de clients au magasin. Les plus anciens du quartier s’arrêtent et racontent le potager de leur enfance. Et les enfants qui attendent le printemps pour peindre les bordures. Il y a finalement comme une jolie résistance, toute discrète, toute muette.

De la vie qui se révèle. N’est-ce pas cela aussi la résistance…