Lancement du Pacte Civique, le 10 mai 2011, au CESE

Le 10 mai 2011, je suis intervenue aux côtés d’autres personnalités, pour présenter le Pacte Civique lors d’une conférence de presse.

« Considérer les progrès de la société à l’aune de la qualité de vie du plus démuni et du plus exclu, est la dignité d’une nation fondée sur les Droits de l’Homme. » Cette phrase, gravée à l’entrée du Conseil pour marquer le 20ème anniversaire du rapport Wrésinski, illustre parfaitement ce qui constitue à la fois le socle et la finalité du Pacte Civique dont il est question aujourd’hui.

Conférence de presse le 10 mai 2011 au Conseil Économique, Social et Environnemental pour lancer le Pacte Civique. De gauche à droite : Patrick Viveret (Dialogues en humanité), Antoine Dulin (Scouts et guides de France), Marie-Aleth Grard (ATD Quart Monde), Jean- Baptiste de Foucauld (Démocratie et spiritualité), Claude Alphandéry (Laboratoire de l’économie sociale et solidaire), Cécile Ostria (Fondation pour la nature et l’homme).

La présentation du Pacte Civique au Conseil économique social et environnemental, relevait donc de l’évidence tant l’un et l’autre ont pour objectif que le vivre ensemble, en société, devienne réalité pour tous les citoyens, quels qu’ils soient. Ce moment est donc porteur d’une signification forte.

Les 233 membres du Conseil économique social et environnemental, troisième assemblée constitutionnelle de la République, représentent la société civile. Ils ne se définissent pas comme des tenants de la majorité ou de l’opposition. A partir de leur expérience et de leurs convictions, ils cherchent à bâtir ensemble des accords qui ne soient pas de façade mais ancrés dans une grande qualité d’échange et de réflexion. Le résultat de ce travail se traduit par des rapports ou des études, concernant la vie du pays, dont chaque mot est soigneusement pesé, sans pour autant, bien sûr, faire toujours l’unanimité.

Des représentants du Mouvement ATD Quart Monde siègent au Conseil depuis 1979. Ils n’y ont porté les intérêts ni d’un groupe de population, ni d’une catégorie de citoyens, ni d’ATD Quart Monde. Ils y ont toujours été porteurs de la question permanente et cruciale que posent à notre société et à nos institutions toutes ces personnes et populations qui voudraient vivre comme tout le monde et qui ne comprennent pas pourquoi elles sont rejetées, humiliées et même considérées comme responsables – coupables – de leur situation. (Permettez-moi cette parenthèse, mais l’actualité est là pour confirmer mes dires, puisqu’un ministre vient de laisser entendre, en faisant une nouvelle fois l’amalgame, que ceux qui n’ont pour vivre que les minimas sociaux, sont des profiteurs). Les rapports Wrésinski, de Gaulle et Robert du CESE ont donné la parole à ces personnes et populations et ont marqué cette maison par la justesse de leurs observations et propositions. Le rapport de Didier Robert en 2003 affichait cette ambition : « l’accès de tous aux droits de tous, par la mobilisation de tous. » Le Pacte Civique n’a-t-il pas la même ambition ?

ATD Quart Monde a choisi de se joindre au Pacte Civique car il est pour nous essentiel de rassembler les forces pour gagner l’accès de tous aux droits de tous. Travailler à la reconnaissance des droits de toute personne, en particulier de la plus démunie sur tous les plans, c’est établir l’espace civique dans lequel chacun est appelé à collaborer à la construction d’une société réellement démocratique.

Une société qui n’a pas d’ambition pour ses membres les plus éloignés du droit commun fait la preuve qu’elle n’en a pas vraiment pour les autres non plus. Quand elle abdique pour les plus démunis, elle montre qu’elle est prête à abdiquer pour n’importe lequel de ses membres. Beaucoup en font aujourd’hui l’amère expérience, notamment ceux qui se retrouvent au chômage alors qu’ils se croyaient en sécurité. Aucune société, jamais, ne répondra à l’attente de tous ceux qui la composent, tant qu’elle ne cherchera pas à répondre en priorité aux attentes et aspirations de ceux qui sont tout au pied de l’échelle sociale. Le Pacte Civique peut contribuer à faire comprendre cette réalité.

Il peut aussi contribuer à faire comprendre que les contours d’une société vraiment démocratique ne peuvent être dessinés sans la participation active de ceux qui sont contraints de vivre à la marge.

Nous avons particulièrement travaillé dans le groupe école éducation du pacte civique, présidé par un membre d’ATD Quart Monde qui est aussi porteur de la création d’une large plateforme de mobilisation pour que dès l’école ces valeurs de vivre et penser avec les autres deviennent des enseignements clés pour l’avenir.

Aujourd’hui renait l’idée que la misère est la faute des pauvres, et que les plus pauvres sont la cause de la violence, des désordres, et qu’il faut les contrôler.

Nous refusons une société qui divise, qui stigmatise les plus pauvres.

Sommes-nous prêts – au risque de voir nos certitudes et schémas ébranlés – à élaborer nos politiques (au sens large du terme) avec les personnes en situation de grande pauvreté ?

A défaut, nous perpétuons ce gaspillage inacceptable d’intelligence et d’inventivité !

Donner envie à chacun de nos concitoyens de s’engager, prendre conscience combien l’engagement transforme la vie, transforme sa propre vie.

Nous voulons une société qui refuse l’exclusion, qui considère enfin la citoyenneté des plus pauvres, leur réflexion partagée avec d’autres comme une richesse et une chance. Une société qui favorise le vivre ensemble.
Voilà pourquoi nous sommes partie prenante du Pacte Civique. Nous souscrivons à l’idée que la société doit évoluer. Nous savons que ce changement ne peut se faire que si chacun accepte de se transformer lui-même.

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