Joseph Wresinski, un homme né dans la pauvreté, a créé le Mouvement ATD Quart Monde en 1957 avec un but ambitieux : éradiquer la misère. « La misère n’est pas fatale, disait-il. Elle est l’œuvre des hommes et seuls les hommes peuvent la détruire. » Dans une allocution donnée à New York en décembre 1983, il expliquait : « Éradiquer la misère, ce n’est pas simplement distribuer des dollars ou planifier dans des bureaux des programmes de développement. Éliminer la misère requiert une rencontre avec des hommes et des femmes. Cela requiert d’aller à leur recherche où qu’ils soient, non pas pour les éduquer, mais pour apprendre d’eux dans quelle mesure nos convictions sont valables, qui ils sont et ce qu’ils attendent de nous. »
Dans les pays riches comme dans les pays en développement (ATD Quart Monde est aujourd’hui présent dans une trentaine de pays), notre Mouvement rassemble des personnes et des familles confrontées à la pauvreté et d’autres qui refusent comme elles que l’exclusion sociale détruise l’homme. Elles agissent ensemble dans les quartiers, dans les entreprises, les associations, les syndicats, etc. et au niveau politique. Les propositions que nous élaborons visent à sortir des solutions d’urgence qui ne garantissent pas de sécurités durables et des dispositifs spécifiques qui ne mènent pas au droit commun. Car toute famille souhaite une vie meilleure pour ceux qu’elle aime, une vie « normale », pas « temporaire » ni « spécifique ».
Ce qui fragilise les familles qui connaissent la grande précarité, c’est bien sûr le manque de ressources, de travail, de qualification, de santé, etc., mais aussi la mise à l’écart, l’isolement, la mauvaise image de soi renvoyée par d’autres, parfois quotidiennement.
À l’inverse, ce qui renforce ces familles, ce sont le regard bienveillant que l’on porte sur elles et des liens qui donnent confiance. Toute personne existe par des relations sociales avec un environnement qui lui garantit des solidarités, un environnement où elle est reconnue et respectée, où l’on attend d’elle une participation à la vie commune et au bien être de chacun.
Je me souviens de cette jeune maman disant à une volontaire permanente d’ATD Quart Monde qui venait régulièrement chez elle lire avec les enfants : « On a besoin de gens comme toi. Tu es là, comme un pilier sur lequel on peut s’appuyer. Tu as confiance dans la vie. Cela me donne confiance, car, autour de moi, tous les adultes que je connais ont les mêmes problèmes que moi ! »
Mais il est difficile de voir ses capacités de travailleur, de citoyen et de parent reconnues lorsque l’on est confronté à la grande précarité. Souvent, des décideurs, des élus et des professionnels décident à votre place ce qui est bon pour vous.
C’est pourquoi ATD Quart Monde crée des lieux où des personnes confrontées à la pauvreté et des citoyens ayant d’autres expériences de vie se retrouvent à égalité afin de construire des réponses à l’exclusion : bibliothèques de rue et des champs, Universités populaires Quart Monde, coformations, actions pilotes autour de l’emploi, du logement, de l’école, de l’accès aux soins, de la petite enfance, des vacances familiales…
Chacun de nous, à son niveau, peut agir contre les préjugés qui circulent autour de lui sur les pauvres et la pauvreté.
Je vous invite à lire un petit livre récent des éditions Quart Monde : Chez Suzanne (collection « En un mot » – 3€), qui raconte avec des mots simples comment une femme démunie a mobilisé au fil des années autour d’elle tout un réseau de solidarité sur le plateau des Millevaches. Et si vous souhaitez mieux connaître le Mouvement ATD Quart Monde et ses actions, vous pouvez vous abonner gratuitement à notre journal mensuel pour un an : www.atd-quartmonde.fr/abonnement