Les Objectifs du Millénaire pour le Développement

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Chers collègues, Monsieur le Rapporteur,

Je tiens tout d’abord, Monsieur le rapporteur, à vous remercier pour votre travail et pour les propositions souvent pleines d’à propos qui ressortent de votre avis, même si, j’aurais souhaité qu’elles manifestent davantage d’ambition. Vous mentionnez qu’à la suite de la crise qui frappe l’ensemble des pays, 100 millions de personnes à travers le monde, sont venues s’ajouter à celles qui vivaient déjà dans la misère. Ainsi, aucun pays jusque là, quel que soit son développement économique, ne s’est montré capable d’éliminer la misère, voire d’en empêcher significativement l’extension. Face à cette persistance, nous sommes tous dans la même situation d’échec.

Pour que soient atteints les objectifs du Millénaire, adoptés par 189 chefs d’Etat et de gouvernement en septembre 2000, la lutte contre la misère, ce « phénomène abject et déshumanisant », selon les OMD,  ne doit donc pas être restreinte à des mesures à la marge, mais faire partie, en priorité, des grandes obligations de l’humanité. En particulier, la participation des personnes les plus démunies devrait être recherchée comme critère de cohérence des politiques
publiques. Celles-ci, en effet, bénéficient-elles à tout le monde sans exception ? De véritables partenariats devraient être établis entre tous les acteurs, basés sur la réciprocité et l’égalité et non sur la dépendance ou les rapports de force.

Malgré le mépris dont ils sont souvent victimes, les très pauvres sont les premiers à résister à leur situation et sont donc des acteurs avec une expérience et des savoirs propres, indispensables pour créer un développement solidaire. Depuis des années, cette évidence est répétée par divers orateurs dans cette enceinte et dans plusieurs des avis du Conseil économique, social et environnemental, mais elle n’est pas encore suffisamment mise en pratique. Parce qu’ils sont pensés  et préparés sans prise  en compte de la situation, des besoins particuliers et de la réflexion des populations très défavorisés, de nombreux
programmes ne les atteignent pas, alors mêmes qu’elles en sont la cible.

En voici un exemple récent : un mois après le séisme, aucune aide internationale n’était parvenue aux habitants des quartiers de Grande Ravine à Port au Prince. Les 15 à 20 000 habitants de cette zone durent se débrouiller seuls pour sortir les survivants blessés des décombres, enterrer les morts et survivre malgré tout en partageant leurs abris et la nourriture que certains d’entre eux obtenaient tant bien que mal en se déplaçant en ville. Si l’aide ne leur est pas parvenue, c’est parce que leur quartier est très isolé. Les routes et les chemins carrossables s’arrêtent en bas de ce quartier construit illégalement le long des ravines, sur le flanc des collines. Comme d’autres lieux de grande pauvreté, il était invisible aux yeux de nombreux acteurs de la solidarité internationale qui avaient déjà tant à faire ailleurs et qui n’étaient pas vraiment incités à s’y rendre à cause de la  mauvaise réputation du quartier.

Ne devrait-il pas être obligatoire pour les bailleurs de fond et les Etats d’évaluer l’impact des OMD avec les populations les plus pauvres, en prenant le temps de recueillir leur avis sur les bénéfices qu’elles tirent ou non des politiques de développement ? Les taux de croissance et les indicateurs quantitatifs, pour séduisants qu’ils apparaissent, ne sont pas suffisants pour savoir ce que ces populations gagnent – ou perdent – en liberté. Les grands pays émergents, comme la  Chine, l’Inde ou le Brésil sont enviés pour leur développement actuel qui, selon certaines analyses, fait reculer la pauvreté. On peut l’entendre, mais encore faudrait-il regarder de plus près si ce développement n’entraîne pas d’immenses inégalités et s’il ne contribue pas à enfoncer dans la misère des millions de laissés pour compte.

La lutte contre la pauvreté participe d’un véritable projet de civilisation dont la réussite ne se mesure pas à la puissance ou à l’accumulation de richesses d’un
pays, mais à la place que peuvent y trouver tous les hommes quels qu’ils soient, reconnus dans leur égale dignité.

Monsieur le rapporteur, malgré les quelques points que je viens d’évoquer, je voterai bien volontiers votre avis qui fait progresser la façon de comprendre et
d’appliquer les OMD .

 

 

A propos mariealeth

Présidente du Mouvement ATD Quart Monde France
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