Madame la Ministre, Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs, Chers Collègues, Madame le rapporteur
Un grand merci, chère Christel, pour ce travail. Dès le début, tu nous as mis au cœur du sujet, grâce à des auditions passionnantes et décapantes de personnes engagées, en situation de handicap. Ces personnes nous ont ouvert les yeux et l’esprit et je les en remercie.
En 1975, a été votée la première loi française significative relative au handicap. Elle a substitué à la notion de charité – souvent condescendante – celle de solidarité avec la personne handicapée.
D’autres lois ont suivi, concernant différents aspects de la vie des personnes en situation de handicap : l’école, le travail, la discrimination, l’accessibilité, les ressources… La France a donc aujourd’hui un corpus législatif important. Malheureusement, comme vous le déplorez, Madame le rapporteur, les réponses apportées sont toujours très institutionnelles et cloisonnées par rapport au droit commun.
Aussi ce rapport propose-t-il un changement de point de vue. A l’instar de l’évolution de la notion de charité vers celle de solidarité, il préconise de faire évoluer la notion d’intégration vers celle d’inclusion. Il s’agit de passer d’une société demandant aux personnes en situation de handicap de « s’adapter », à une société élaborée avec la participation de ces mêmes personnes. Le parallèle avec les populations en situation de pauvreté est évident. Aucune société, jamais, ne parviendra à ce que tous ses membres accèdent au droit commun, tant qu’elle ne sera pas conçue avec la réflexion de ceux à qui l’on a trop souvent réservé, en raison de leur « différence », des mesures spécifiques.
On compte près de 12 millions de personnes handicapées en France et tout autant qui vivent sous le seuil de pauvreté. Allons-nous continuer à aller de l’avant en croyant savoir ce qui est bon pour elles et en le leur imposant ? Par exemple, allons-nous continuer à concevoir des trains inaccessibles aux personnes handicapées, sauf dans une voiture ne permettant qu’un accès par élévateur, celui-ci devant être réservé 48 heures à l’avance par appel à un numéro spécial de téléphone ? Ne peut-on vraiment imaginer aujourd’hui que tous les trains soient accessibles, en première ou seconde classe, avec les mêmes services et prestations pour tous ?
La France est très en retard par rapport à bien d’autres pays. En 1992, lors de l’Exposition Universelle de Séville, un seul pavillon a failli ne pas ouvrir par absence d’accessibilité : le pavillon français !
Alors que nous nous apprêtons à voter ce rapport qui se propose de modifier notre regard sur « la différence », ce qui peut nous permettre de combler notre retard sur d’autres grands pays, voilà que l’Assemblée Nationale vient de donner au Gouvernement la possibilité de retarder de près de dix ans l’accessibilité de certains bâtiments publics ou accueillant du public !
Cette décision extrêmement regrettable vient nous rappeler que si les déficiences physiques, mentales ou sensorielles relèvent de la médecine, le handicap, comme la pauvreté, sont tributaires de décisions qui relèvent du corps social, c’est-à-dire de nous tous qui siégeons dans cette Assemblée.
Bien entendu je voterai ce rapport.
Arriverons nous un jour à appliquer la loi de 2005 ?
Je le souhaite et nous y travaillons avec beaucoup d’autres.
Bien cordialement