Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Chers collègues, Chère Jacqueline,
Le sujet de ce rapport semble si vaste que nous aurions pu nous égarer de territoire en territoire ; mais ce ne fut pas le cas, et le
travail en section fut d’une grande richesse, je vous en remercie Madame le Rapporteur.
Je voudrais souligner un aspect important de votre rapport et exprimer un certain regret :
Vous préconisez, à juste titre, que la prévention en matière de santé doit veiller, pour être efficace, à un accès à la santé égal pour tous. Et vous précisez que cet objectif relève d’une politique globale incluant l’éducation à la santé et la lutte contre la précarité et l’exclusion.
En effet, il est évident que l’insalubrité de l’habitat, l’insuffisance d’hygiène, l’absence d’accès à l’eau potable, etc. influencent l’état de santé des populations de l’Outre mer français – comme elles influencent d’ailleurs l’état de santé des populations de la Métropole – et sont directement responsables de la propagation de diverses maladies.
Nous avons découvert, tout au long du travail en section, les conditions de vie déplorables d’un grand nombre de personnes et familles de l’Outre mer : en Guyane, 30 000 familles n’ont pas accès à l’eau potable ; à l’Ile de La Réunion, 52 % des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté et 110 000 personnes sont illettrées ; à la Guadeloupe, 25% de la population est allocataire du RMI ; à Mayotte, il n’y a pas une seule cantine scolaire et l’on a pu découvrir que les consultations médicales ne s’y déroulent pas toujours dans le plus grand respect du patient…
Ce ne sont là que quelques exemples, mais qui suffisent à nous faire comprendre que les investissements –absolument nécessaires – en
matière de protection de la santé ou de services aux personnes seront d’une bien faible efficacité tant que perdureront les conditions de vie d’une
importante partie des populations. Ils n’aboutiront pas à un accès à la santé égal pour tous, si ne sont pas mises en œuvre, en même temps, des actions dans
le domaine du logement, de l’éducation, de l’emploi, etc.
C’est exactement ce qu’avait voulu mettre en avant, en 1998, la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions. Cette loi, à laquelle notre assemblée a grandement contribué, impliquait – je cite – «l’ensemble des politiques publiques de la nation ». Il me semble donc primordial, Madame le Rapporteur, que
vous ayez mis en avant pour cette question spécifique de l’accès à la santé dans l’Outre mer, la nécessité d’une action globale mobilisant « l’ensemble des politiques publiques de la nation ».
J’ai un certain regret : L’expérience montre que si l’on ne connaît pas la « culture » et les attentes des populations, celles de l’Outre mer en particulier et, en tous cas, celles qui vivent dans la grande précarité, on risque de proposer des mesures qui ne leur correspondent pas. C’est pourquoi il me semble qu’en
introduction à ce rapport nous aurions pu dire que les mesures à mettre en œuvre devront, pour être efficaces, être pensées et décidées en concertation
avec les populations, en particulier les plus exclues. Cette participation, même si elle n’est pas facile à mettre en œuvre, est incontournable : c’est un gage de réussite et de progrès pour tous.
Je tiens à vous remercier pour votre important travail ; vous l’aurez compris, Madame le rapporteur, je voterai votre rapport.