Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, Monsieur le Rapporteur
Le travail autour de ce rapport a permis à la section des affaires sociales de mesurer le champ immense que recouvre la pédopsychiatrie en France, et de mieux comprendre le désarroi des parents qui souhaitent faire soigner leur enfant en pédopsychiatrie. Pour réaliser ce rapport complexe et délicat, vous avez fait preuve, Monsieur le rapporteur, d’une écoute et d’une compétence remarquables dont je tenais à vous remercier.
Comme vous le soulignez à juste titre dans votre rapport, le travail en réseau est fondamental. Le cloisonnement actuel prive nombre d’enfants de dépistage et de soins suffisamment précoces pour être efficaces. Ainsi, à quoi sert un diagnostic d’autisme chez un jeune enfant si on ne peut lui assurer rapidement
un traitement adapté et un suivi dans la durée ? Le travail en réseau est essentiel pour les patients comme pour les professionnels. Permettre aux
professionnels de croiser leurs connaissances, de se former ensemble à la diversité des pathologies et des populations qu’ils rencontrent. Mais aussi
permettre aux familles de s’y retrouver dans la complexité du réseau de soins en pédopsychiatrie. Comment sortir de ce cloisonnement qui perturbe toutes
les familles sans exception, quelle que soit leur situation ?
Arrêtons-nous un instant sur la situation d’un petit garçon de 7 ans atteint d’une anomalie génétique causant des retards moteurs et des troubles d’apprentissage. Il est scolarisé en grande section de maternelle et dispose d’une auxiliaire de vie scolaire à mi temps. Il suit chaque semaine entre 3 et 4 séances de rééducation réparties sur 4 jours et toutes prises sur le temps scolaire. Pour s’y rendre, il abandonne les activités de sa classe et doit les reprendre
en cours quand il revient. De temps en temps, les horaires des séances changent. S’y ajoutent les rencontres régulières avec le médecin, des bilans
(neurologiques, orthophoniques, psychologiques) dont les horaires sont fixés par l’hôpital. Ses parents travaillent tous les deux loin de leur domicile. Ils n’ont d’autre choix, pour qu’il puisse suivre sa rééducation, que de prendre des congés ou de faire appel à la solidarité familiale. S’ajoute à cela un suivi dministratif
permanent, un dossier à refaire annuellement avec la maison départementale des personnes handicapées, pour lequel les réponses diffèrent chaque année.
Encore une fois, dans de telles situations, toutes les familles sans exception sont perturbées. Il est malgré tout évident que celles qui ont le moins de moyens culturels, relationnels et matériels ont généralement beaucoup plus de difficultés pour faire face. Elles ont besoin d’un soutien fort et dans la durée. Parfois, même, hélas, en l’état actuel des soins en pédopsychiatrie en France, certaines familles vivant dans l’errance ne peuvent pas du tout faire soigner leur enfant.
Notre société est focalisée sur la réussite à tout prix de chaque enfant et ne tolère pas les enfants trop agités. La réponse médicale pour ces enfants trop remuants est souvent une sur-médication dont on mesure mal les effets à long terme, qui peut entraîner une accoutumance et risque de déboucher sur des addictions graves ; alors que ces enfants en sur-activité ont souvent besoin tout simplement d’une attention plus particulière. Et nous en revenons, comme
vous le soulignez à différentes reprises dans votre rapport, au manque criant de personnel dans le domaine de la pédopsychiatrie en France.
Je voudrais enfin souligner l’importance capitale que revêt à mes yeux ce passage du rapport où est énoncé très clairement l’objectif d’intégration en milieu ordinaire des enfants et des jeunes souffrant de handicaps ou de troubles psychiques. Mieux même, le rapport affirme que l’accueil de ces enfants et de ces jeunes dans les établissements scolaires concourt à leur insertion sociale et, de surcroît, enrichit tout le monde. Il permet un apprentissage de la différence et contribue à l’autonomie et à la prise de responsabilité de tous. C’est là un enjeu de citoyenneté que vous n’avez pas manqué, Monsieur le rapporteur, de rappeler en conclusion. Bien entendu je voterai votre rapport.