25 ans du rapport Wresinski

Bonsoir, je suis Marie-Aleth Grard, vice présidente d’ATD Quart Monde, je représente ATD Quart Monde au
Conseil économique social et environnemental ; j’ai la grande chance d’être chargée de vous accueillir ici ce soir.

Mr le Président je vous remercie d’accepter d’être accueilli ici, alors que vous êtes dans vos murs et
que c’est vous qui avez pris l’initiative de cette rencontre. Le protocole est un peu renversé ce soir… Sachez, en tout cas, que c’est un grand honneur pour nous tous d’être reçus dans cette maison.

Soyez tous les bienvenus dans cet hémicycle du Conseil économique social et environnemental, troisième
assemblée de la République, inscrite dans la Constitution française, après l’Assemblée nationale et le Sénat.

Les 233 membres du Conseil économique, social et environnemental représentent ce que l’on appelle la
société civile. 193 membres sont désignés par les organisations syndicales, patronales, le monde de l’agriculture, les associations, et depuis 2010 un groupe de représentants d’associations engagées dans la défense de la nature et de l’environnement. Et puis il y a 40 personnalités qualifiées qui sont
désignées par le Président de la République.

Le travail du Conseil ne consiste pas à voter les lois mais à proposer des rapports au gouvernement et à
l’assemblée nationale sur des sujets qui traversent la société.

Il y a donc beaucoup de dialogue dans cette maison. Les uns et les autres partagent et confrontent
leurs savoirs, leurs connaissances, leurs expériences. Des personnes extérieures sont auditionnées pour leurs compétences. C‘est un véritable exercice de démocratie. C’est aussi pour toutes ces raisons que Joseph Wresinski aimait et croyait dans cette assemblée, c’était pour lui le lieu de notre démocratie où les plus pauvres peuvent être vraiment entendus. C’est un lieu où tous les partenaires de la société civile cherchent
ensemble comment faire progresser notre société.

Nous sommes aujourd’hui le 14 février, date importante pour les membres du Conseil et pour les membres du
Mouvement ATD Quart Monde. C’est en effet le 14 février 1988 que Joseph Wresinski, notre fondateur est décédé, et c’est le 14 février 2002, il y a tout juste 10 ans, que Geneviève Anthonioz – de Gaulle, qui avait pris la suite de Joseph Wresinski dans cette maison, est elle-même décédée. Ce clin d’œil du calendrier est une
très belle façon de les unir à notre soirée.

11 Février 1987 – 14 Février 2012 : il y a 25 ans, Joseph Wresinski présentait dans cet hémicycle l’avis et le rapport intitulé « Grande pauvreté et Précarité économique et sociale », dit rapport Wrésinski.

Ce rapport a nécessité deux ans de travaux, de rencontres à Noisy le Grand,  d’enquêtes à Caen par les personnes vivant la grande pauvreté elles-mêmes, de témoignages des universités populaires quart monde, de très nombreuses auditions, d’expérience en Ile et Vilaine du revenu garanti ; deux ans de travaux qui ont abouti au rapport le plus lu et toujours le plus demandé depuis 25 ans au Conseil économique social et environnemental …

Si ce rapport reste d’une grande actualité, c’est sans aucun doute parce qu’il était d’avant-garde et que
notre société a compris petit à petit les concepts fondés et cruciaux qu’il mettait en avant. On a peine à imaginer aujourd’hui qu’avant le rapport Wresinski une personne n’ayant pas retrouvé de travail après une longue période de chômage était considérée comme « en fin de droits » (quelle expression terrible !) et n’avait plus, pour elle et sa famille, que le recours à la charité. Heureusement, un an seulement après la parution du rapport  au Journal Officiel, sa recommandation d’un revenu plancher pour toute personne privée durablement de travail débouchait sur la création du RMI. Les affirmations du rapport Wresinski, selon lesquelles
la misère est une violation des Droits de l’Homme et la participation des personnes les plus défavorisées une condition nécessaire à la réussite des politiques publiques, furent plus longues à être admises, mais sont aujourd’hui incontournables.

Le rapport « Grande pauvreté et Précarité économique et sociale » garde toute sa force et sa pertinence dans la  durée parce qu’il sous-tend un véritable projet de société.  Il nous fait comprendre que la misère est un
déni des droits de l’Homme et que, comme telle, elle porte atteinte à la dignité de chaque être humain car l’humanité est une. Dès lors, nous ne pouvons nous contenter, comme le disait Joseph Wresinski, de soulager les maux de ceux qui souffrent de la misère ; ce serait une façon d’accepter qu’elle est inévitable, alors qu’elle doit être détruite. Or, l’éradication de la misère ne se fera pas par des mesures ou des politiques spécifiques dites « de lutte contre la pauvreté », mais par des politiques générales conçues avec la participation des plus démunis afin de permettre un réel accès de tous aux droits de tous, c’est-à-dire au droit commun.

C’était l’ambition de la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions qui a affichée en 1998
dans son article premier que la lutte contre les exclusions est un impératif national fondé sur le respect de l’égale dignité de tous les êtres humains, que la nation doit garantir à chacun l’effectivité des droits fondamentaux et que l’Etat et les citoyens doivent tous y contribuer, chacun de sa responsabilité.
Cet article 1er est maintenant intégré dans le code de l’action sociale et de la famille.

Une société qui n’a pas d’ambition pour ses membres les plus éloignés du droit commun fait la preuve
qu’elle n’en a pas vraiment pour les autres non plus. Quand elle abdique pour les plus démunis, elle montre qu’elle est prête à abdiquer pour n’importe lequel de ses membres. Beaucoup en font aujourd’hui l’amère expérience, notamment ceux qui se retrouvent au chômage alors qu’ils se croyaient en sécurité.

Aucune société, jamais, ne répondra à l’attente de tous ceux qui la composent, tant qu’elle ne cherchera
pas à répondre en priorité aux attentes et aux aspirations de ceux qui sont au pied de l’échelle sociale.

C’est le sens de la phrase gravée à l’entrée de cette maison à l’occasion du vingtième anniversaire du
rapport Wresinski : « Considérer les progrès de la société à l’aune de la qualité de vie du plus démuni et du plus exclu, est la dignité d’une nation fondée sur les droits de l’Homme. »  Tel est le projet de société auquel nous convie le rapport Wresinski et je suis certaine que l’université populaire quart monde de ce soir va nous permettre de vivre un vrai temps de démocratie.

 

A propos mariealeth

Présidente du Mouvement ATD Quart Monde France
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Une réponse à 25 ans du rapport Wresinski

  1. Boret Odile dit :

    Après la session d’Artigues près BORDEAUX,<>

    je me penche sur les différents sites et blogs.On apprends beaucoup et il y a beaucoup encore a apprendre!merci de mettre en ligne tes discours!ils contribuent a notre formation!
    Amitiés de Bordeaux,Odile.

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