Pour la démocratisation de l’éducation culturelle

Intervention en Plénière au CESE

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Chers Collègues,
Chère Claire

Un grand merci, Chère Claire, pour cet important travail sur l’enseignement artistique et culturel. Comme toi, je suis convaincue que l’accès à la culture et à la pratique artistique pour tous est essentiel au vivre ensemble dans notre société.

Beaucoup considèrent que l’accès à la culture est un « plus » qui vient après les produits de première nécessité. Mais pour Joseph Wrésinski, fondateur d’ATD Quart Monde, l’accès à la culture pour les personnes qui, comme lui, ont connu la misère, est un produit de première nécessité. Un jour, on lui demandait de dédicacer un livre de poésie ; il écrivit alors sur le livre : « Je suis jaloux ».

Devant l’air étonné de la personne, il précisa sa pensée : « Je suis jaloux de tous ceux qui, dès leur jeune âge, ont pu découvrir la musique de Mozart ou, d’autres, la poésie… Moi je n’ai rien pu faire. C’est pourquoi toute ma vie j’ai voulu que les enfants apprennent, connaissent l’art, la poésie, la beauté… pour avoir, plus tard, un esprit clair, un langage compréhensif. Les plus pauvres – ajoutait-il – n’ont pas la jalousie des riches à cause de leur richesse, c’est l’ignorance qui les rend jaloux. Ils souffrent de l’ignorance dans laquelle on les a maintenus. »

Ces paroles justifient amplement la volonté affirmée dans l’Avis d’une démocratisation de l’éducation culturelle.

Cependant, autant nous devons veiller à ce que l’éducation artistique et culturelle ne reste pas l’apanage de privilégiés, autant je trouverais réducteur que l’on en arrive à considérer la culture comme un « moyen » de lutter contre les inégalités sociales. L’accès à la culture comme « droit à l’élévation tout au long de sa vie », selon la belle formule de Monsieur Bernard Stiegler, ne peut qu’être voulu pour tous, indépendamment des conditions sociales. Car la culture, l’art, la beauté, la spiritualité sont constitutifs de l’être humain. Et cela a une conséquence : tout être humain, quel qu’il soit, doit pouvoir non seulement s’enrichir de la culture, de l’art, de la beauté, de la spiritualité, mais il a la capacité et même la vocation de les enrichir. Même le plus pauvre. Même le plus exclu. Ainsi, « reconsidérer la place de l’art et de la culture dans notre société », comme le préconise l’Avis, suppose expressément que l’on reconnaisse et que l’on favorise le « plus » que peuvent leur apporter les personnes et populations les plus démunies de tout. C’est cela aussi la démocratisation de l’art et de la culture.

Madame la rapporteure, je voterai votre avis.

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