LES EVOLUTIONS CONTEMPORAINES DE LA FAMILLE ET LEURS CONSEQUENCES EN MATIERE DE POLITIQUES PUBLIQUES

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Chers Collègues,

Cher Bernard,

En relisant l’Avis qui nous intéresse aujourd’hui, dont j’approuve globalement les recommandations, j’ai quand même ressenti une certaine inquiétude. Comment se fait-il que nous soyons capables, à intervalles réguliers depuis des décennies, de pointer du doigt les failles de notre démocratie en matière sociale, économique, culturelle, etc., et de recommencer encore et toujours à faire à peu près les mêmes constats et les mêmes propositions ?

Par exemple, l’Avis note que le nombre de familles monoparentales a doublé depuis le début des années 1980 et que, parmi elles, beaucoup éprouvent de grandes difficultés dans leur vie quotidienne. Et l’Avis de rappeler que, grâce aux transferts sociaux et fiscaux, un tiers seulement de ces familles se situent sous le seuil de pauvreté, alors que sans ces transferts, elles seraient 46% sous le seuil de pauvreté.

Et alors ? Ai-je envie de dire. Est-ce là notre ambition de ramener de 46% à 33% le nombre de familles monoparentales vivant sous le seuil de pauvreté ? Et que deviennent les 33% ?… Est-ce là notre ambition de créer encore et encore des dispositifs pour « tenter d’atténuer les situations de pauvreté » ? Nous n’en verrons jamais le bout tant que nos politiques publiques – évolutions contemporaines ou non – ne prendront pas en compte, dès leur conception, l’ensemble des citoyens, des plus nantis aux plus démunis. Les dispositifs de soutien ne peuvent être efficaces que lorsque les besoins de base sont assurés pour toutes les personnes et familles sans exception. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui, et votre Avis, Monsieur le Rapporteur, a le mérite de le reconnaître, même si c’est parfois de manière un peu implicite.

Dans le chapitre de l’Avis intitulé Prévenir les situations de paupérisation des familles, il est préconisé de favoriser l’activité professionnelle des parents et de renforcer les politiques permettant aux jeunes femmes de se former et de s’insérer sur le marché du travail. A priori, rien à redire. Sauf que la formation et la qualification professionnelle sont d’abord de la responsabilité de l’école et que, s’il faut renforcer quelque chose – évolutions contemporaines ou non – , c’est bien la nécessité pour l’école de former réellement les jeunes. Si notre pays n’avait pas accepté que, chaque année, depuis des décennies, des dizaines de milliers d’enfants entrent en sixième sans maîtriser la lecture, l’écriture et le calcul et que des dizaines de milliers de jeunes sortent du système scolaire sans aucune qualification, en serions-nous là aujourd’hui ? D’autre part, pourquoi présenter la formation et l’activité professionnelle des parents en difficulté comme une manière de prévenir leur paupérisation, alors que c’est tout simplement, pour eux comme pour tous, un droit et une façon de se réaliser dans la vie ? Nous viendrait-il à l’idée de dire à un apprenti maçon ou à un étudiant en médecine qu’ils se forment pour prévenir leur paupérisation ?

Monsieur le rapporteur, je voterai votre Avis.

 

 

 

 

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