Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Chers Collègues, Cher Gérard,
Ce travail sur la démocratisation de l’enseignement supérieur nous a permis d’aboutir à un état des lieux du premier cycle à la fois exhaustif et approfondi. Nous le devons en grande partie, Monsieur le rapporteur, à vos compétences reconnues en la matière. Soyez-en vivement remercié.
En relisant votre rapport et ses préconisations, je n’ai pu m’empêcher de penser à Stéphane, un jeune de mon quartier. Ses parents n’ont pas eu la chance de faire d’études, ils vivent de grandes difficultés : travail temporaire pour le papa, logement dégradé et trop exiguë pour une famille de cinq personnes. Malgré tous les obstacles d’une vie quotidienne cahotique, le fils aîné vient de réussir le bac scientifique avec mention très bien. La famille fait partie des 34% qui en France n’ont pas d’accès internet à domicile. Les parents n’ont donc pas pu suivre l’orientation de leur fils ; ils ont dû lui faire confiance dans ses choix. Stéphane démarre maintenant des études très longues. Les poursuivra-t-il ? Ne pouvant compter sur l’aide de ses parents, il devra se débrouiller seul pour se loger, se nourrir, s’habiller, se déplacer, etc. Même avec une bourse, tout ne sera pas possible. S’il est malade, fera-t-il comme certains qui ne se soignent pas ? S’il trouve un travail salarié, celui-ci ne l’occupera-t-il pas au point d’empiéter sur ses études ? Trouvera-t-il le soutien et l’accompagnement nécessaires auprès de personnels enseignants sensibilisés et formés à l’accueil d’étudiants du même profil que lui ?
Toutes ces questions, vous les avez abordées, Monsieur le Rapporteur. Pour chacune, vous avez formulé des préconisations concrètes, judicieuses. Pour vous, la démocratisation de l’enseignement supérieur n’est pas un vœu pieux, mais une nécessité. Elle fait partie de ce dur et long combat contre les inégalités. D’aucuns justifiaient – certains justifient encore – que les inégalités sont inéluctables ; qu’elles permettent une naturelle répartition des tâches dans la société : aux uns, les sphères intellectuelles, aux autres, le travail qui ne demande pas d’avoir fait des études supérieures… On ne va tout de même pas demander à un agrégé de prendre une place de manutentionnaire ! Peut-être ; mais est-ce une raison suffisante pour qu’un pays se disant démocratique ne mettent pas tout en oeuvre pour créer les conditions qui permettront aux enfants d’un manutentionnaire de faire des études supérieures ? En outre, qui contestera ce que vous affirmez, Monsieur le rapporteur, à savoir que la possession d’un diplôme supérieur offre, de manière générale, une bien meilleure protection contre le chômage qu’un diplôme du second degré et a fortiori que l’absence de diplôme ?
Bien sûr, je voterai l’avis.