Une école de la réussite de tous est possible !

N° 520 – École et milieux populaires

Une école de la réussite de tous est possible !

Marie-Aleth Grard

La pauvreté n’est pas qu’une question d’argent, c’est aussi une question culturelle, qui s’accompagne trop souvent du sentiment de se sentir « différent », d’être sans cesse jugé, et d’en souffrir.

Les parents vivant des situations de grande pauvreté se souviennent d’abord du « fond de la classe ». L’école a été souvent pour eux un lieu de souffrance. C’est pourquoi, une fois que leurs enfants vont à leur tour fréquenter l’école, cela entraîne pour les parents un sentiment contradictoire : d’un côté, c’est le grand espoir que ça se passe bien et que l’école soit pour les enfants un tremplin, un lieu d’épanouissement et de réussite ; de l’autre, les souvenirs d’enfance restent forts, et dès que l’enfant commence à appréhender d’aller à l’école, ces souvenirs remontent, les parents eux-mêmes ont comme un mur à franchir pour s’investir et faire confiance à cette école.

Fort d’avoir perçu que la plus forte aspiration des parents les plus pauvres est que leurs enfants ne revivent pas à l’école les mêmes souffrances et exclusions qu’eux-mêmes, ATD Quart Monde travaille depuis ses origines pour soutenir cette aspiration, en coopérant avec les parents afin qu’ils trouvent comment permettre que leurs enfants réussissent.

Nous avons aussi appris de ces familles que les enfants, pour apprendre à l’école, ont besoin d’être fiers de leur racines, et donc de leurs parents, de leur milieu ; il est presque impossible d’apprendre si on grandit dans la honte.

DES PROJETS PILOTES

Il ne suffit pas de dire cela pour que tout le monde s’en saisisse, c’est pourquoi ATD Quart Monde met en place des projets pilotes, afin de comprendre ce qui est possible : ainsi durant 5 ans, nous avons expérimenté un espace parents à Rennes, dans le quartier de Maurepas. Dans le quartier de Fives à Lille depuis 5 ans, un projet de « promotion familiale, sociale et culturelle » est mené avec de nombreux partenaires, et nous construisons un nouveau projet « un quartier se mobilise pour la réussite de tous les enfants » dans le 18e arrondissement de Paris.

À Lille-Fives, l’équipe d’ATD Quart Monde propose des actions culturelles à destination de leurs enfants, en présence des parents, à domicile, ou à proximité : l’équipe vient avec des albums, de quoi dessiner pour faciliter l’expression, ou des jeux qui permettent aux parents de participer. Leur venue répond à une attente des familles : « Moi j’aime bien ; c’est bien, je découvre des activités à faire avec mes enfants. » « C’est la famille qui apprend en premier aux enfants, avant l’école » (deux parents). C’est souvent une occasion de partager leurs aspirations par rapport à l’école, en même temps que leurs peurs : « Je voudrais que mes enfants réussissent à l’école et ne passent pas par les mêmes galères que moi. » « Comment vais-je aider mon fils qui va entrer au CP alors que je ne sais pas lire ? »

L’équipe d’ATD Quart Monde propose aussi des temps collectifs dans le cadre d’un groupe-parents pour faire émerger les attentes, les sources de blocage, les conditions du dialogue avec l’école. Ces temps sont aussi l’occasion de construire des projets pour le quartier et les écoles, notamment « la campagne annuelle ».

UNE CAMPAGNE ANNUELLE

Cette campagne annuelle se nomme « Vivre ensemble sans oublier personne » ou « Un quartier où tous seraient heureux d’apprendre » ou « Découvrir les talents de chacun », ou « Changer de regard pour mieux vivre ensemble ». Les parents qui ont une vie difficile, mais également tous les autres, sont concernés par cette campagne qui fait réfléchir tous les enfants du quartier aux conditions qu’il faut mettre en place pour « faire une place à chacun dans la classe ou le quartier ». Ils nous aident également à trouver des supports d’animation : préparation d’un décor en tissu qui permet l’interactivité, réalisation de masques pour raconter l’histoire. Les parents vont ensuite proposer l’histoire aux enseignants de leurs enfants et demander d’inviter les autres parents. Ceux-ci aident à la réflexion par petits groupes ou lors du dialogue collectif avec la classe.

Il est indispensable également de se mettre à l’écoute des préoccupations des enseignants. Dans plusieurs écoles du quartier, la volonté de créer des liens plus étroits avec les familles qui ne sont pas dans un dialogue facile avec l’école est un objectif important. Malgré tout, les enseignants disent souvent qu’il y a une partie des parents qu’ils n’arrivent pas à joindre et rencontrer. Plusieurs fois, nous avons eu l’occasion de nous associer à des projets culturels mis en place par l’école en proposant que les parents puissent y participer et en sollicitant ceux qui n’entrent pas facilement dans l’école : un projet de conte musical à l’école maternelle, une fresque peinte.

Enfin, nous expérimentons un outil de dialogue entre parents d’une part, et entre parents et enseignants d’autre part, à la sortie de l’école. Les parents l’ont surnommé : « les petits mots du mardi ». Une question inscrite sur un panneau devant l’école chaque quinzaine est posée à l’ensemble des parents qui attendent leurs enfants à l’extérieur de l’école : « Quels moyens l’école prend-elle pour informer les parents ? », « Parents qu’aimeriez-vous apporter à l’école ? » « Pour vous un parent-délégué c’est… ? » Nous écrivons leurs réponses sur des post-it collés sur le panneau à la vue de tous puis dactylographiés pour la fois suivante : « Un café-parents, ça pourrait être bien pour se connaître entre nous, dit un parent » « Cette action nous invite à changer de regard aussi sur les parents, à se demander si nous comprenons suffisamment leur point de vue, nous dit une enseignante directrice ».

Dans tous ces projets, nous travaillons avec les partenaires du quartier : centres sociaux, associations de parents d’élèves, personnel de l’éducation, mairie, associations de quartier, travailleurs sociaux : un véritable développement social local.

ESSAIMER AU-DELÀ

Nos actions sont évaluées afin d’en dégager des enseignements sur ce qui permet d’associer vraiment tous les parents. Ensuite il est important d’essaimer bien au-delà du quartier où cela a été expérimenté.

Les modes d’essaimages varient en fonction des projets expérimentés ; ainsi celui de Maurepas à Rennes a contribué, avec la mobilisation d’autres sites et associations nationales, à propager l’idée qu’ « en associant leurs parents tous les enfants peuvent réussir ». Depuis 2010, à travers 20 sites en France, des associations nationales, la FCSF, la Fédération des PEP, la FCPE, Prisme, ATD Quart Monde, l’ACEPP, se mobilisent pour faire participer les parents, dont les plus défavorisés, aux projets éducatifs de leur quartier.

Le projet de Rennes/Maurepas a permis de créer en partenariat avec le CRDP de Rennes un outil de formation « Familles école grande pauvreté : Quand parents et enseignants s’en mêlent », accessible sur Internet [1] et que nous essayons de diffuser dans les ESPE.

FAIRE DES PROPOSITIONS POLITIQUES

ATD Quart Monde porte les connaissances acquises lors de ces projets pour faire des propositions politiques. Cette année, j’ai été rapporteure au CESE d’un avis « Une école de la réussite pour tous » ; cet avis sera travaillé d’une part avec Jean-Paul Delahaye missionné par la ministre sur le thème « Grande pauvreté et réussite scolaire », et en « technique de croisement » avec tous les acteurs de l’école notamment des personnes en situation de pauvreté. Un site permet à chacun de contribuer à ce travail : www.reussitedetous.lecese.fr

Il apparait aujourd’hui que tout ce travail a permis des avancées significatives, en particulier dans l’écriture de la loi de refondation de l’école de la République de 2013 (formation à la connaissance des parents qui ont la vie plus difficile, pédagogie de la coopération). Il reste à faire que les relations entre l’école et les parents se renouvellent partout. Il faut instaurer une véritable coopération entre les parents les plus éloignés de l’école et l’école elle-même. Nous en avons la conviction – et la volonté.

Marie-Aleth Grard

Vice présidente d’ATD Quart Monde, représentante du mouvement au Conseil économique, social et environnemental

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Article pour l’APEL (Association des Parents d’Elèves de l’enseignement Libre)

  • L’école doit être un lieu de réussite pour tous, une ambition qui semble éloignée de la réalité, comment y parvenir, quels sont les leviers,  pouvez- vous nous donner des exemples ? 

Afin de réaliser l’Avis du CESE (Conseil Economique Social et Environnemental) « Une école de la réussite pour tous » présenté en mai dernier, nous sommes allés rencontrer des écoles et des collèges où la réussite de tous est déjà en marche. (Réussite = un élève acquiert à la fin du collège le socle commun de connaissance, de compétence et de culture et choisit son orientation).

Tous les enseignants que nous avons rencontré dans les écoles, les collèges où la réussite de tous est déjà « en marche », sont des enseignants soucieux d’avancer ensemble, de comprendre les élèves, des enseignants « en recherche » afin de ne laisser aucun élève sur le bord du chemin. Si le travail en équipe des enseignants est un élément fondamental pour l’école de la réussite de tous, il ne peut à lui seul permettre la réussite de tous les enfants.

  • Comment permettre aux parents les plus éloignés de l’école d’y trouver leur place et les aider à accompagner la scolarité de leurs enfants ?  

Pour les parents, nous pouvons en témoigner, tous les parents, y compris ceux que l’on nomme « les plus éloignés de l’école », souhaitent que leurs enfants réussissent à l’école. C’est bien là leur point d’égalité. Certains ont vécu des scolarités difficiles et ont très peur de retourner à l’école, ou vivent dans des conditions si difficiles que leur enfant est rejeté des autres (vêtements différents, jamais les bonnes affaires, pas d’argent pour les sorties, …). Pour se comprendre il faut se connaître, les parents qui sont plus à l’aise avec l’école sont invités à connaître et mieux comprendre les parents des autres milieux sociaux. Il s’agit que les soutiens soient réciproques pour bâtir ensembles des ponts qui permettront à tous les enfants de développer leur intelligence à égalité les uns des autres.

Pour les enseignants accueillir les parents par groupe de deux ou trois pour leur faire vivre dans la classe un moment d’apprentissage, temps où ils voient, entendent, comprennent la façon de travailler de l’enseignant sans oublier la fin de ce temps, où les parents pourront parler d’adulte à adulte avec l’enseignant en étant vraiment reconnu comme le parent, premier éducateur de leur enfant.

  • Vous dites souvent que la mixité sociale est une richesse pour comprendre les autres, pouvez-vous expliquer ?

La société dans laquelle nous vivons est faite de différents milieux sociaux. Notre système scolaire forme bien les élèves qui seront demain l’élite de notre pays. Ces enfants, ces jeunes ne seront vraiment bien formés à mes yeux, que si ils connaissent, comprennent les différents milieux sociaux qui composent notre pays. Sociologues et chercheurs dans le domaine de l’éducation le montrent sans cesse, si l’on permet aux enfants de différents milieux sociaux de jouer, penser, apprendre ensembles, les meilleurs élèves continuent de progresser et les élèves les plus en difficulté progressent aussi. La non mixité sociale regroupant majoritairement des élèves en difficulté fait que naturellement on a tendance à baisser le niveau d’exigence ce qui est dommageable pour les élèves.

Encadré conseils aux parents

  • Tous les parents souhaitent que leurs enfants réussissent à l’école, quelque soit leur milieu social, certains ont besoin de soutien et de bienveillance pour renouer et tisser des liens de confiance avec l’école. Il faut parfois du temps pour retrouver le dialogue avec l’école, les parents qui en sont les plus éloignés doivent pouvoir trouver auprès des autres parents une écoute.
  • Les parents : un maillon essentiel pour la réussite des enfants à l’école. Lorsqu’un enfant sent qu’il y a trop de différences entre ce qu’il vit chez lui et ce qu’il vit à l’école, il n’arrive plus à apprendre. Pour débloquer « ce conflit de loyauté » il faut établir un lien entre les enseignants et les parents.
  • Permettre aux enfants de différents milieux sociaux dès le plus jeune âge de jouer, penser et agir ensemble sera profitable à tous les enfants ; cet acquis sera pour chacun d’eux une vraie richesse lorsqu’ils seront adultes.
  • Former tous les parents délégués pour qu’ils soient dans un rôle d’écoute, de soutien, pour bâtir avec tous les parents une école qui respecte chacun et permet la réussite de tous.
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Socle des Droits Sociaux en Europe

Intervention Marie-Aleth Grard – ATD Quart Monde   

Plénière du CESE du 14 Décembre 2016

Monsieur le Président, Chers Collègues

Madame et Monsieur les rapporteurs, Chère Emelyn, Cher Etienne,

Permettez moi tout d’abord de vous féliciter pour le travail clair et précis accompli. Le sujet est de taille ! J’espère que le ministre reprendra vos propos engagés pour défendre ce sujet.

Aujourd’hui alors que l’inquiétude grandit pour beaucoup d’Européens, et que les effets destructeurs de la précarité et de la grande pauvreté sont de plus en plus apparents, ainsi près de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté actuellement en France, et nous sommes l’un des pays les plus riches du monde ! Dans notre système scolaire 3 millions de jeunes vivent sous le seuil de pauvreté et 1,2 million dans la grande pauvreté !

Si il nous faut retenir un point de cet Avis c’est d’insister pour dire combien l’interdépendance et l’indivisibilité des droits de l’homme sont indispensables si nous voulons vraiment que la vie des plus pauvres en France et en Europe change pour une véritable égale dignité pour tous.

Un socle de droits sociaux, c’est à la vérité un socle de droits tout court ce qui n’existe pas aujourd’hui en Europe.

Il y a certes des protections pour une partie des personnes, mais on peut aujourd’hui dans les 28 pays en Europe dormir dans la rue avec ses enfants, ne pas être soigné, ne pas pouvoir faire face à des frais d’obsèques, sortir de l’école sans savoir lire et écrire, ne pas manger à sa faim, ne pas avoir de travail depuis des années.
Et surtout ne jamais se voir demander son avis  sur ce qui se passe dans son quartier, dans son pays et même sur ce qui concerne sa propre famille, ses enfants et leur avenir.

Nous parlons de socle cela suppose une base qui ne peut pas exister sans inscrire un véritable objectif d’éradication de la misère en Europe.
Sinon il nous faut parler de dispositifs de protection spécifique mais pas de droit.

Parler de socle de droits c’est mettre en place une vraie garantie pour tous, avec des moyens de recours.

Dans ce sens, je me réjouis particulièrement de la recommandation 7 faite par notre assemblée de faire de la charte sociale européenne de 1996 un élément de base du futur socle. C’est un pas vers l’effectivité des droits.

C’est aussi un encouragement pour tous ceux qui se battent jour après jour face à l’absence de logement, au manque de ressources, au manque de cohérence des politiques publiques dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Un tel encouragement est fondamental comme le soulignait Joseph Wresinski, et je le cite « Ce que les pauvres recherchent, c’est la considération. Celui qui l’a toujours eue ne s’imagine pas ce que c’est que d’en manquer. Être honoré renouvelle une vie ».

Je voterai cet Avis.

 

 

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Impact du chômage 21ème critère de discrimination

Le travail autour de cet Avis a permis à la section des affaires sociales de mesurer vraiment l’impact du chômage sur les personnes directement touchées et leur entourage, car comme il est écrit dans votre conclusion « il y a une urgence absolue à proposer un accompagnement global à toutes les personnes privées d’emploi prenant en compte leur santé, leur parentalité, » … Pointer les conséquences du chômage sur des hommes, des femmes, des familles, sortir des statistiques ou des stéréotypes associés aux chômeurs, pour tenir compte de l’égale dignité de chacun … de tout cela je vous félicite et vous en remercie Madame la rapporteure, Chère Jacqueline.

Je souhaite également souligner l’importance de la première préconisation :

Vous nous proposez, alors que les sénateurs l’ont voté le 18 Juin 2015, d’encourager les députés à voter la reconnaissance d’un 21ème critère de discrimination pour précarité sociale.

Une loi n’empêchera pas les discriminations, mais elle représentera un marqueur pour notre société, un point de repère sur lequel on pourra s’appuyer pour refuser que des personnes continuent de subir le rejet.

Pascal est au chômage depuis 18 mois, n’étant pas qualifié il n’a jamais pu rencontrer de conseiller de Pole emploi mais tente de rester inscrit par l’intermédiaire d’une boite vocale, jusqu’au jour où sa voix n’est plus reconnue. Pascal est alors radié de Pole emploi du jour au lendemain. Il tente de se réinscrire, des changements viennent d’avoir lieu. Il faut qu’il le fasse par internet. Mais Pascal n’a plus de revenu, et n’a pas d’accès à internet. Comment faire, comment ne pas se décourager ? Comment ne pas se sentir inutile ?

Reconnaître la discrimination pour précarité sociale serait un signe fort de la volonté de notre pays de continuer à enraciner la fraternité dans notre vivre ensemble. Notre République, dans sa loi, refuserait alors tout comportement discriminant dans quelque domaine que ce soit et n’accepterait plus que des citoyens soient traités différemment du fait de leurs difficultés sociales.

« Considérer les progrès de la société à l’aune de la qualité de vie du plus démuni et du plus exclu, est la dignité d’une nation fondée sur les Droits de l’Homme. » . C’est à l’application de cette maxime gravée à l’entrée de notre Conseil que nous invite cette préconisation.

Et puis n’oublions pas le CESE a omis de marquer dans les perspectives des cinq années à venir le combat contre la pauvreté, l’occasion nous est donné de marquer avec le vote favorable de cet Avis, et en particulier de cette préconisation de reconnaissance du 21ème critère de discrimination pour précarité sociale, de marquer notre volonté de combattre la pauvreté.

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Notre système scolaire est terriblement inégalitaire

Notre système scolaire est terriblement inégalitaire, la France de l’échec à l’école est, dans son immense majorité, issue des catégories sociales défavorisées. Cela résulte, pour partie, de l’organisation de notre système éducatif.

 

Membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE), j’ai pu aller à la rencontre d’écoles et de collèges où la réussite de tous est déjà en marche, dans le cadre de la préparation de l’avis du CESE, « Une école de la réussite pour tous », présenté en mai 2015.

Ce document décrit les parcours scolaires d’enfants de milieux très défavorisés. Ils sont édifiants : aucun enfant n’a un parcours « normal », l’un passe par des filières spécialisées, l’autre par celle du handicap, très peu d’entre eux sortent de l’école avec le moindre diplôme.

Dans les sections d’enseignement général et professionnel adapté, les filières pour les élèves les plus en difficulté au collège, on trouve 84 % d’enfants issus des milieux populaires (ouvriers, employés, sans profession) et moins de 2 % d’enfants de cadres et d’enseignants. Ils sont 72 % en classes d’intégration scolaire, à l’école élémentaire. Cette situation est insupportable.

Des chercheurs en éducation, des sociologues (entre autres Agnès van Zanten, Stéphane Bonnéry, Sylvain Connac, Jean-Yves Rochex…) l’ont montré dans leurs travaux : mettre à part les enfants qui présentent des difficultés scolaires leur est totalement dommageable. Les mélanger aux autres enfants ne fait pas du tout baisser le niveau des meilleurs et permet aux plus en difficulté d’être entraînés, soutenus dans leurs apprentissages.

L’avis du CESE avance 59 préconisations pour que l’école, conformément à la loi de refondation de l’Ecole de la République de juillet 2013, soit inclusive, c’est-à-dire qu’elle s’adapte et respecte l’élève, le rythme et l’autonomie de chacun.

Gouvernance bienveillante et exigeante

Tous les enseignants que nous avons rencontrés dans les écoles et les collèges où la réussite de tous est déjà en marche sont soucieux d’avancer ensemble, de comprendre les élèves, afin de n’en laisser aucun sur le bord du chemin. Le travail en équipe des professeurs est un élément fondamental pour l’école de la réussite de tous.

La formation initiale et continue des enseignants à la connaissance des différents milieux sociaux nous paraît également très importante. Tant d’enfants, de jeunes, sentant trop de différences entre ce qu’ils vivent chez eux et ce qu’ils vivent à l’école, sont bloqués dans leurs apprentissages.

Les relations parents-professeurs sont essentielles pour permettre à l’enfant d’apprendre, et au père, à la mère et à l’enseignant d’être reconnus chacun dans son rôle d’éducateur. La formation à la connaissance des différents milieux sociaux permettra aux professeurs de mieux comprendre les élèves de leur classe, ce qu’ils vivent au quotidien, leurs réactions et leurs questions.

Enfin, nous l’avons constaté, toutes les pédagogies ne permettent pas la réussite de tous les enfants. Nous recommandons celle de la coopération, qui permet davantage de solidarité, d’écoute de l’autre et développe la confiance en soi, ainsi que la pédagogie différenciée adaptée au niveau de chaque enfant.

L’école de la réussite de tous n’essaimera sur tout le territoire que si elle bénéficie d’une gouvernance bienveillante et exigeante. Mais si le travail en équipe est un des leviers de la réussite de tous, l’inspection individuelle ne peut permettre à elle seule d’évaluer un enseignant. Les directeurs et chefs d’établissement, les inspecteurs, sont les animateurs des équipes pédagogiques. Ce sont eux qui peuvent impulser, encourager, en bref permettre d’oser.

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Rapport CNESCO

Je veux tout d’abord souligner la grande qualité de votre travail et dire combien notre système scolaire, les enseignants, les enfants, les jeunes, les parents, la gouvernance de l’éducation nationale ont besoin de vos travaux et auront encore besoin de vos travaux.

Evaluer, écouter, comprendre, chercher ensemble ce qui permet la réussite de tous les enfants, voilà la source de vos missions ; je m’en félicite vraiment car je veux croire qu’avec de tels travaux effectués sur nombre d’années, notre école petit à petit va permettre vraiment à tous les enfants de réussir.

Vous le savez lorsque je parle de la réussite de tous, j’ai un attachement tout particulier aux enfants des familles, dites les familles les plus éloignées de l’école. Ces familles qui ont une vie quotidienne très difficile, qui vivent dans la pauvreté ou même la grande pauvreté, celles qui parfois ont des contacts rudes avec les enseignants, avec l’institution. Ces mêmes familles qui croient très fort dans les capacités de l’école à offrir un avenir meilleur à leurs enfants.

Les enfants de ces familles sont 3 millions dans notre système scolaire, ils sont encore beaucoup trop souvent massivement orientés dès le plus jeune âge vers les filières spécialisées, voir vers les filières du handicap.

Je n’ai aucun à priori contre les filières spécialisées ni celles du handicap, si celles ci permettent vraiment à tous les enfants et tous les jeunes de développer leur intelligence à égalité des possibilités offertes aux autres jeunes.

Un premier pas a été franchi par Madame la ministre en supprimant le volet social pour l’orientation des jeunes en SEGPA, je tiens à le souligner ici.

Des travaux de chercheurs, dont ceux de l’Université de Poitiers, ont porté sur « La construction scolaire de la déficience intellectuelle » ; ils démontrent combien notre école dans une réelle volonté de bien faire, en proposant des chemins plus simples, en proposant des voies toujours plus médicalisées, toujours plus « assistées » … cette surmédicalisation qui ne cesse de croitre depuis 10ans, cette orientation dès le plus jeune âge est un vrai gâchis humain d’intelligence.

Ces enfants nés dans des familles défavorisés partent avec un handicap celui de la pauvreté matérielle et intellectuelle, l’école leur offre un parcours de handicapé de la pauvreté.

Ainsi cette enfant de 10ans orientée en CLIS, Classe pour l’Inclusion Scolaire, qui nous dit « Je vais prouver au directeur que je ne suis pas handicapée. Je veux juste apprendre à mon rythme. »

En lisant votre rapport, vos différents travaux je me prends à rêver … le CNESCO pourrait s’emparer de cette question, évaluer le système scolaire à partir des enfants qui en sont les plus exclus, mesurer les progrès de l’école française à partir des enfants qui en sont les plus exclus, qui ont le plus de mal. Un chiffre vient d’être publié montrant que le nombre de « décrocheurs » a baissé ; je m’en réjouis, mais de quels décrocheurs parlons nous ? De ceux qui étaient les « plus faciles » à récupérer ou de ceux qui étaient les plus enfoncés ? Car nous le savons une politique publique qui prend en compte en premier ceux qui sont les plus enfoncés permet vraiment à tous de progresser.

Je termine ainsi mon propos,

J’ose lancer ce défi au CNESCO évaluer oui, c’est tellement important.

Mais évaluer à partir de celui qui a le plus de mal pour permettre réellement la réussite de tous.

Je compte sur vous.

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Réactions élections régionales

En ce soir de résultats du premier tour des élections régionales en France (6 décembre 2015) mon inquiétude est grande, mais je ne baisserai pas les bras.

Comment imaginer que dans notre pays, dans six régions ou plus, des candidats qui prônent la haine, le rejet et le mépris de l’autre vont peut être dans 8 jours être responsables d’une région ?

Je refuse ce monde de rejet, d’exclusion de l’autre parce qu’il est différent (de couleur de peau, de race, de milieu social, de religion, …) prôné par l’extrême droite ;

Je ne peux croire que dans notre pays les citoyens pour qui le mot Fraternité est une valeur partagée, une valeur essentielle, ne sont pas majoritaires.

Alors vous tous qui lisez ce message, dites leur à ceux qui ne sont pas allés voteril est encore temps de réagir.

Vive la Liberté, Vive l’égalité et Vive la Fraternité

Au lendemain des résultats du premier tour des élections régionales en France, nous, Mouvement ATD Quart Monde, voulons redire les valeurs qui sont les nôtres, sans elles nous le savons l’égale dignité de tous et l’éradication de la misère ne seront pas possible.

Tout Homme porte en lui une valeur fondamentale et inaliénable, nous refusons ce monde de rejet et d’exclusion de l’autre parce qu’il est différent (de couleur de peau, de culture, de milieu social, de religion, …).

La fraternité, l’écoute, le dialogue avec les uns et les autres, le respect de l’égale dignité de chacun nous permettrons de bâtir la paix tous ensemble.

 

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Territoires zéro chômeur de longue durée

Monsieur le Président,

Monsieur le Député,

Mesdames, Messieurs, Chers Collègues,

Grand merci Cher Patrick d’avoir réalisé ce travail clair et précis en un temps plus que contraint.

Merci Madame la présidente, Chère Françoise, de m’avoir permis d’assister aux réunions de la section.

Vous le savez, cet Avis sur le texte de loi d’expérimentation Territoire zéro chômeur de longue durée, nous tient très à cœur à ATD Quart Monde.

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Bonjour tout le monde !

Bienvenue dans Blogs du mouvement ATD Quart Monde France. Ceci est votre premier article. Modifiez-le ou supprimez-le, puis lancez-vous !

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Une école de la réussite pour tous

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, chers collègues, j’ai choisi de vous présenter un court film en introduction de nos travaux, car il s’agit ici d’un remarquable travail sur projet d’élèves d’une classe de troisième du collège de Cenon de l’académie de Bordeaux.

Dans cet avis nous recommandons notamment de multiplier les travaux communs par projet, car ils favorisent l’acquisition des savoirs, valorisent les compétences de chacun et développent l’estime de soi. Continuer la lecture

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