Aide Sociale à l’enfance

Monsieur le Président, Chers Collègues, Cher Antoine,

Si le texte de l’Avis est engagé sur certains points : comme le soutien à la sortie de l’ASE pour les jeunes, et j’en remercie le rapporteur.

Je ne peux que regretter que n’ayons pas eu le temps de traiter avec soin deux sujets d’une telle importance. Il s’agit bien là de l’avenir de milliers de jeunes dans notre pays.

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Orientation des jeunes

Nous le savons l’impact de l’origine sociale sur les performances des élèves est plus fort en France que dans tous les pays de l’OCDE, et nous pouvons sans peine ajouter que l’impact de l’origine sociale sur l’orientation scolaire est également très important.

Les témoignages de parents ayant l’expérience de la grande pauvreté sont nombreux, c’est frappant comme tous racontent la même histoire, le même parcours à l’école. Et pourtant ces adultes ne présentent pas les déficiences, ni les troubles envisagés dans les textes pour les orienter, parfois dès le plus jeune âge, vers des filières spécialisées de notre système scolaire, des filières à part, voir vers des filières du handicap. Ces mêmes adultes travaillent avec des chercheurs, des syndicalistes, des professionnels pour confronter leurs pensées, leurs savoirs et ensembles comprendre ce qui dans notre système scolaire actuel ne permet pas à tous les enfants de développer leur intelligence à égalité dès le plus jeune âge. Ces orientations non choisies, parfois dès la fin de la maternelle, sont graves car elles diminuent ensuite considérablement les possibilités d’intégration dans le milieu professionnel et l’exercice d’une pleine citoyenneté.

Trop souvent encore, l’orientation non choisie casse durablement le jeune, et l’impact sur sa famille est énorme.

Laure et Albert je vous félicite pour ce travail, mais j’ai un grand regret : nous n’avons pas assez pris le temps pour discuter du fond de ce sujet en section. La mise en place de la plateforme nous a mobilisé au point de ne plus avoir de temps pour discuter en section. Trop dommage.

Je bute de ne pas retrouver dans cet Avis des préconisations qui montrent l’importance d’une scolarité commune de tous les enfants, une scolarité qui ne met pas à part certains jeunes parce qu’ils seraient plus lent, plus en difficulté.

L’orientation se joue dès le plus jeune âge et influence une vie toute entière, si certains ont les ressources après un CAP non choisi de s’engager dans une filière de leur choix ils sont très peu nombreux. Ce sont pour tous les autres que je m’inquiète et vraiment je trouve que l’on en parle trop peu dans cet Avis.

J’ai le sentiment que nous n’avons pas eu le temps de réfléchir ensemble à des préconisations pour que ces jeunes là puissent eux aussi vraiment choisir leur orientation.

C’est pour ces raisons que je m’abstiendrai.

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Pour des élèves en meilleure santé !

Pour des élèves en meilleure santé

Monsieur le Président, Chers Collègues,

Vous souvenez-vous de la visite médicale que nous passions à l’école élémentaire ? Elle permettait de dépister des problèmes aux yeux, aux dents, que sais-je encore …

Or, aujourd’hui, des milliers d’enfants qui en auraient tant besoin n’en bénéficient pas, faute de médecins ou d’infirmières !

En Seine-Saint-Denis, le département où la population est la plus pauvre de France métropolitaine, c’est la moitié des postes de médecin scolaire qui ne sont pas pourvus.

À Mayotte, les statistiques montrent que 24 % seulement des élèves âgés de 5‐6 ans ont bénéficié d’un bilan de santé. Le projet d’Avis constate que « l’état sanitaire des élèves est donc, pour une partie de ceux-ci, un frein à leur réussite scolaire».

Globalement, pour les 10 millions d’élèves de l’enseignement public, on ne compte que 1100 médecins scolaires, c’est-à-dire un seul médecin pour plus de 9 000 élèves !

Tous les enfants, bien sûr, pâtissent de cette situation. Mais plus encore les 3 millions issus de familles qui vivent sous le seuil de pauvreté. Et combien plus encore ceux (1, 2 million) qui connaissent avec leurs parents la grande précarité.

Imagine-t-on ce que représente pour des enfants de ne pas faire trois vrais repas par jour, de passer, pour certains, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel, de ne pas avoir les habits appropriés pour le sport, de ne pouvoir consulter un médecin aussi facilement que d’autres ?

« A l’école, nous dit cette enseignante, des enfants viennent le matin le ventre vide et se sentent mal. Lorsque nous faisons des sorties de fin d’année, certains n’ont pas de pique-niques. »

« Il faudrait, nous dit ce médecin scolaire, prendre le temps lors d’une consultation avec un enfant qui vit une situation de grande précarité, pour le mettre en confiance, lui permettre d’exprimer vraiment ses questions. Et ce temps, nous ne l’avons pas ou tellement rarement. »

La santé des enfants, de tous les enfants, est une condition clé de leur réussite à l’école. Dès lors, comment peut-on accepter qu’en 2018, en France, des milliers d’écoliers ne voient jamais un médecin ou une infirmière ? Comment est-il pensable qu’en de nombreux lieux, aussi bien en métropole qu’à Mayotte, des enfants et des enseignants ne puissent bénéficier de sanitaires dignes de ce nom ? Pourquoi manque-t-on de consultations, avec les parents associés comme les premiers éducateurs, où l’on peut dépister, dès le plus jeune âge, les ennuis de santé qui vont contrecarrer une entrée sereine dans les apprentissages ?

Devant la gravité de l’état des lieux présenté par cet Avis, j’aurais vraiment souhaité qu’il soit plus incisif, qu’il aille plus loin dans ses préconisations. Je le voterai toutefois car il représente un premier pas important.

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Publication Freinet

« Tous les parents ont quelque chose à apporter à l’école »

« Qu’au moins nos enfants sachent lire et écrire ! »

C’est par cette phrase qu’un père de famille qui vit la grande pauvreté au quotidien nous a exprimé ce qu’est pour lui « Une école de la réussite pour tous ».

Nous démarrions alors un travail avec des chercheurs, des enseignants, des acteurs de quartier, des parents solidaires (parents ne vivant pas dans la pauvreté et qui respectent la carte scolaire, ils sont solidaires de tous les autres parents) et des parents ayant l’expérience de la grande pauvreté sur une école de la réussite pour tous.

Ce travail consistait à travailler sur des auditions faites au CESE (Conseil économique social et environnemental – troisième assemblée de notre République, assemblée consultative où siège 233 conseillers représentants la société civile) en section éducation.

En effet représentante d’ATD Quart Monde au CESE, j’ai proposé à mes collègues de la section éducation (30 personnes issues de la société civile – syndicats, artisan, agriculteur, etc …) après avoir travaillé sur les inégalités à l’école et la loi de refondation de l’école de la République, de faire une sorte de point d’étape de cette loi en allant un peu partout en France à la rencontre des écoles et des collèges où la réussite de tous est déjà en marche.

Qu’est ce que la réussite de tous pour nous, pour ce travail ? C’est lorsqu’un élève arrive à la fin du collège, acquière le socle commun de connaissances, de compétences et de culture et qu’il choisit son orientation.

Nous nous sommes donc lancés dans un travail de collecte, d’écoute, de rencontres de ces lieux et des enseignants, des chercheurs, inspecteurs, parents et élèves. Une façon de travailler toute nouvelle pour cet Avis du CESE ; d’une part Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l’éducation nationale (ancien DGESCO) avait reçu mission de la ministre de travailler sur « Grande pauvreté et réussite scolaire » en lien étroit avec la rapporteure du CESE qui travaillerait sur Une école de la réussite pour tous. Ce que nous avons fait pendant un an : Jean-Paul Delahaye a siégé au CESE à la section éducation, je l’ai accompagné dans toutes ses auditions au ministère et dans 8 académies et ensemble nous avons présenté nos travaux le 12 Mai 2015 au CESE.

(http://www.lecese.fr/content/une-cole-de-la-r-ussite-pour-tous-s-ance-du-12-mai-2015)

Et puis le Président de la section éducation a accepté qu’en parallèle des travaux de cette section je puisse mettre en place un groupe nommé le « groupe Croisement » (en référence au Croisement des savoirs mis au point par ATD Quart Monde https://www.atd-quartmonde.fr/sengager/dans-votre-milieu-professionnel/croisementdessavoirs/) composé de 5 chercheurs, 5 enseignants, 5 acteurs de quartier, 5 parents solidaires et 10 parents qui ont l’expérience au quotidien de la grande pauvreté. Ce groupe a travaillé en Croisement des savoirs, donc par groupe de pairs pour chaque sujet, puis tous ensemble nous croisons nos savoirs en prenant le temps d’écouter et de comprendre chacun. Ce groupe est venu assister avec les conseillers du CESE à une journée d’audition à Mons en Baroeul pour entendre les enseignants (Freinet) d’une école, l’équipe de chercheurs de Lille 3 menée par Yves Reuter qui suit cette école depuis 10ans, et une expérimentation dans un quartier de Lille pour associer les parents à la réussite de leurs enfants. Puis ce groupe a travaillé sur les auditions faites en section au CESE (Chercheurs, Inspectrice générale V Bouysse, enseignants de l’élémentaire et de collège, élèves, parents d’élèves) lors de deux journées intenses afin de venir présenter 6 sujets aux conseillers du CESE.

Durant ces trois réunions au CESE, membres de la section éducation et membres du groupe Croisement, nous avons travaillé en croisant nos savoirs, nos expériences, nos pensées, nos réactions. A chacune de ces réunions, deux sujets étaient présentés par des membres du groupe Croisement aux membres de la section, puis nous avions un temps de réactions, d’échanges par petits groupes, enfin une écoute de tous les points de vue. Voici l’une des présentations parlant de la confiance à instaurer :

«Tous les parents, même les parents éloignés de l’école veulent la réussite de leurs enfants.  Tous les parents ont quelque chose à apporter à l’école.

Mais comment instaurer la confiance entre élèves, parents et enseignants ? Ça peut tenir à de petites choses, comme confier à chaque élève une responsabilité, donner le droit à l’erreur, laisser un peu le temps d’y arriver, écouter, … Bien sûr c’est dur pour les enseignants de faire confiance à tous les élèves, à tous les parents, parce que c’est prendre un risque auquel ils n’ont pas été formé. Mais c’est dur aussi pour les parents parce qu’ils peuvent avoir très peur. Au fond accepter ou même envisager de faire confiance à l’autre qu’il soit élève, parent ou enseignant c’est aussi à la fin gagner en confiance en soi, ce n’est pas un cercle infernal mais c’est plutôt un cercle vertueux. »

Ces travaux ne furent faciles ni pour le groupe Croisement ni pour la section. Il nous a fallu dépasser nos a priori, dépasser nos jugements trop hâtifs, accepter de changer nos méthodes de travail, de réflexion. Ainsi un collègue m’a partagé « On parle souvent de la pédagogie de la coopération, mais la pratiquer c’est autre chose ! »

Ces trois réunions de section avec le groupe Croisement ont fait émerger des propositions, des préconisations communes.

Ce travail a permis de réaliser à quel point les enfants de milieu très défavorisé sont trop souvent orientés dès le plus jeune âge vers des filières spécialisées, voir les filières du handicap, ne leur laissant que très peu de possibilités de développer leur intelligence à égalité des autres élèves.

Il ne s’agit pas d’accuser les enseignants ou les professionnels de l’orientation, il nous semble essentiel dans la suite de ce travail (que je continue de présenter partout en France http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2015/2015_13_ecole_reussite.pdf ) de comprendre pourquoi et comment les enfants de milieu très défavorisé peuvent réussir à l’école.

Il nous faut mesurer et comprendre l’échec causé par l’orientation vers les circuits de l’ASH qui ne permettent pas à ces enfants/jeunes de se construire un avenir à égale dignité des autres.

Pour cela nous auditionnons des professionnels, des parents, et avec nos partenaires de longue date (syndicats, mouvements pédagogiques, parents d’élèves), l’éducation nationale (rectorats de Créteil, Nancy et Rennes, et la DGESCO) et les parents qui vivent la grande pauvreté au quotidien ; nous allons travailler dans les mois à venir afin de mieux comprendre et nous le souhaitons enfin effacer cette fatalité de l’échec scolaire liée à la grande précarité.

Si vous souhaitez témoigner, participer à ces travaux, n’hésitez pas à nous contacter. alethgrard@gmail.com

Marie-Aleth Grard vice présidente ATD Quart Monde

Conseillère au CESE (Conseil économique social et environnemental) au nom d’ATD Quart Monde dans les sections éducation, culture, communication et Affaires sociales, santé.

Rapporteure de l’Avis « Une école de la réussite pour tous » au CESE en Mai 2015

http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2015/2015_13_ecole_reussite.pdf

 

 

 

 

 

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Education et Devenir

Article éducation et devenir Août 2016

Cahier : les parents, la famille, l’élève et l’école

 Résumé

Notre système scolaire est terriblement inégalitaire en particulier pour les enfants issus de milieu défavorisé. Tous les parents veulent la réussite de leurs enfants à l’école, certains détiennent les clés qui vont permettre à leurs enfants de développer leur intelligence à égalité des autres, voir plus rapidement ; d’autres parents (ceux qui ont une vie particulièrement difficile, qui vivent dans la pauvreté ou la grande pauvreté) ne détiennent pas ces clés. La réussite de tous les enfants à l’école dépend aussi de chacun de nous à travers des actions collectives, de soutien, de découverte, …

La réussite de TOUS les enfants à l’école dépend aussi de chacun de nous

 Depuis plus de trente ans je suis alliée (membre actif n’ayant pas connu la misère) d’ATD Quart Monde (Agir Tous pour la Dignité Quart Monde) et j’ai de ce fait le privilège de cheminer aux côtés de familles qui vivent au quotidien dans la grande pauvreté. Ces parents, dont le quotidien est si difficile, trop souvent insupportable, m’ont fait changer de regard et comprendre combien la réussite de tous les enfants à l’école dépend aussi de chacun de nous.

Je peux témoigner que la première préoccupation de ces parents pour leurs enfants : « C’est que nos enfants se bâtissent un avenir meilleur que le nôtre, et pour ça il faut qu’ils réussissent à l’école. »

Comme le rappellent les études de l’OCDE et bien d’autres, notre système scolaire est terriblement inégalitaire, en particulier pour les enfants issus de familles défavorisées. La DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance de l’Education nationale) a publié nombre de statistiques renforçant ces constats. Ainsi selon la DEPP les enfants de milieu défavorisé sont majoritairement dès le plus jeune âge orientés vers les filières spécialisées voir les filières du handicap ; je me permets d’ajouter que ces orientations non choisies ne leur permettent que trop rarement de développer leur intelligence à égalité des autres enfants/jeunes. (cf Avis du CESE Une école de la réussite pour tous 12 Mai 2015 http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2015/2015_13_ecole_reussite.pdf ). Les enfants qui vivent dans la pauvreté sont actuellement 3 millions dans notre système scolaire et 1,2 millions vivent dans la très grande pauvreté (grande pauvreté = précarité extrême, vivre avec des problèmes de logement, très souvent de santé, très peu de moyens moins de 500 euros/mois pour un adulte).

« Tous les parents, même les parents éloignés de l’école, veulent la réussite de leurs enfants. 

Tous les parents ont quelque chose à apporter à l’école. »

 Je souhaite vous partager ici le témoignage de Florence, une femme qui a vécu dans la grande pauvreté et qui vient de nous quitter prématurément à 48ans.

« Je suis parent de 4 enfants. J’ai deux filles qui sont déjà majeures, j’en ai une au Lycée et mon dernier est au collège en quatrième. J’ai aussi une petite fille qui va rentrer au CP en septembre.
Pour moi, la scolarité de mes enfants fait partie de moi ! J’accorde une grande importance à leur réussite et à leur avenir.

J’ai eu l’opportunité, il y a quelques années, de pouvoir me présenter en tant que parent délégué en primaire, lorsque mon fils était en CE1. Pour moi ce fut une joie d’entendre, d’écouter, de parler, de partager autour de la relation entre les parents, l’école et les élèves.
J’ai même pu proposer une idée qui a été retenue et mise en place : J’avais pu constater que beaucoup d’enfants de l’école primaire se rendaient seuls à l’école. […] Mon idée de départ a été enrichie par d’autres propositions venant des autres. Et tout cela a abouti à la mise en place du pédibus qui répondait au problème de sécurité des enfants et par la même occasion incitait les enfants à être plus présents à l’école. Le projet, au final, a pu se réaliser et j’en suis très fière !

Pendant les réunions, en revanche, je ne me sentais pas forcément très à l’aise. Je ne prenais pas toujours la parole. Pendant les temps de pause-café, les parents (mamans) délégués parlaient souvent entre elles mais je ne me sentais pas intégrée dans le groupe. Elles avaient toutes des professions avec des postes à responsabilité alors que moi j’étais à la recherche d’un emploi.

Je n’avais pas le même langage. Quand j’utilisais des mots, quand je cherchais mes mots et quand je demandais la signification de certains mots utilisés, il y a des regards qui m’ont blessée.
J’avais un peu l’impression d’être le « cas social » du groupe. J’avais l’impression de sentir un fort décalage entre elles et moi. […]

Et puis, à cette époque j’avais peur du jugement, je ne me sentais pas à l’aise pour aller vers elles. Et elles, elles ne faisaient pas attention à moi. Je n’arrivais pas à trouver ma place. Place qu’on n’a pas trop voulu me faire non plus. […]
Ça aurait été sympa de prendre un temps d’accueil en début d’année pour faire plus connaissance […] Cela aurait peut-être permis de faire tomber les préjugés parfois hâtifs que l’on peut avoir les uns sur les autres. […]

Aujourd’hui les choses ont changé. Je ne suis plus déléguée de parents mais j’ai pu rejoindre le « groupe école » d’ATD Quart Monde qui m’a donné le courage de mon acharnement pour que mes enfants puissent avoir la chance de réussir et d’être scolarisés.
J’ai pu parler avec d’autres : des parents, des enseignantes de ce qui se passait à l’école de mes enfants, j’ai pu avoir des réponses à de nombreuses questions que je me posais. Nous réfléchissons ensemble sur l’école.

Aujourd’hui, je n‘ai plus peur de parler. Je vais très souvent voir les autres parents du collège ou du lycée de mes enfants et je leur parle. De même s’il y a un souci avec un de mes enfants, je n’hésite plus à aller voir le professeur et le lui en parler. J’ai parfois dû me battre pour être écoutée. Je me défends et je fais valoir mes droits aussi, lorsque c’est nécessaire.

Pour moi en tant que maman je mène ce combat : « Que tous les enfants aient le droit d’être scolarisés et dans de bonnes conditions. ».
Je le mène pour mes propres enfants, mais aussi pour ceux des autres.
Car leur avenir dépendra de leur scolarité. »

ATD Quart Monde mène depuis près de 60 ans le combat politique (au sens premier du terme, au sens de changer la société afin que les plus pauvres puissent vraiment prendre part aux réflexions et aux décisions) d’éradiquer la misère en France et partout dans le monde, de faire que l’égale dignité des êtres humains soit vraiment réalité pour tous. Nous en sommes convaincus rien ne pourra changer dans notre société, tant que l’expérience, les savoirs et les pensées des personnes qui vivent au quotidien dans la grande pauvreté ne seront pas pris en compte. C’est pourquoi nous menons ce combat à partir de l’expérience des personnes qui vivent dans la grande pauvreté et sur le terrain en expérimentant par des « projets pilotes » dans les domaines des droits fondamentaux, dont celui de l’éducation.

Je souhaite vous présenter ici trois projets menés sur plusieurs années avec des familles ayant l’expérience de la grande pauvreté, des enseignants, des acteurs de quartier et des parents solidaires (parents ne vivant pas dans la pauvreté et qui respectent la carte scolaire, ils sont solidaires de tous les autres parents).

Espace parents et Outil de formation

Ainsi à Maurepas (un quartier de Rennes) durant plusieurs années enseignants, parents d’élèves FCPE, membres de l’éducation nationale, parents ayant l’expérience de la grande pauvreté et volontaires permanents d’ATD Quart Monde ont expérimenté ce que veut dire « En associant leurs parents tous les enfants peuvent réussir ». Pendant de longs mois ils ont pris le temps de la participation de chacune et chacun par groupes de pairs. Les groupes de pairs sont des groupes où chacun se retrouve avec ses pairs, ainsi les enseignants travaillent entre eux, les parents qui ont l’expérience de la grande pauvreté entre eux, et ainsi pour chaque groupe ; ces temps par groupe de pairs sont essentiels pour libérer la parole et poser les choses pour chacun. Dans chaque groupe de pairs ils ont mis sur la table les questions que l’école leur pose afin de pouvoir vraiment accueillir tous les enfants et tous les parents à égalité les uns des autres, et ce qui de ce fait permettra à tous les enfants de réussir, de développer leur intelligence à égalité les uns des autres. Ce ne fut pas facile, il a fallu du temps, de la patience, de l’écoute, une ferme volonté de mener à terme ce projet et la ténacité de croire en la réussite de tous les enfants. Avec le soutien de professionnels, ils ont petit à petit partagé, croisé leurs savoirs, leurs expériences pour ensemble bâtir les fondements d’un lieu et de temps qui permettent vraiment d’accueillir tous les parents dans une école, dans le respect et l’égalité de chacun. C’est ainsi qu’est né « l’espace parents » animé par un professionnel extérieur de l’école quelques heures par semaine. Ce lieu doit permettre à tous les parents de se sentir accueilli, écouté, et de dialoguer les uns avec les autres.

Ces années de travaux par groupe de pairs, puis communs aux différents groupes, a également permis de faire émerger avec l’aide de Canopé Rennes un outil de formation pour les enseignants, les acteurs de l’école et les parents d’élèves désireux de mieux connaître et comprendre ce que vivent les parents dits « les plus éloignés de l’école » qui vivent un quotidien trop souvent bien difficile. Voici cet outil « Familles, école grande pauvreté. Quand parents et enseignants s’en mêlent » (http://crdp2.ac-rennes.fr/blogs/familles-ecole-grande-pauvrete/

me demander le code d’utilisation à alethgrard@gmail.com ). L’utilisation de cet outil est une formidable occasion de mieux se connaître, de mieux se comprendre, d’organiser des temps de formation communs ou non, des temps d’échanges autour des vidéos qui sont proposées ainsi que des textes.

Une concertation permanente : un dialogue entre professionnels, familles très pauvres et acteurs associatifs à Lille / Fives

 A Fives, un quartier de Lille, des permanents d’ATD Quart Monde réfléchissent avec des professionnels (animateurs de quartier, enseignants, …), des parents qui vivent la grande pauvreté au quotidien et les enfants, afin d’améliorer les liens école/famille et permettre la réussite de tous les enfants. Le dialogue entre tous les acteurs, parents, professionnels et enfants, est indispensable à la réussite de TOUS les enfants. Ce dialogue est rendu possible par des projets communs, par la création d’espaces où les parents sont attendus. Il nous faut donner à tous les enfants la possibilité de coopérer, de travailler et de créer ensemble.

A Fives, nous développons un projet transversal école/familles/quartier à travers les campagnes sur les droits de l’enfant :

Pour la septième année consécutive, le Mouvement ATD Quart Monde, avec un collectif, a animé dans le quartier de Fives une grande campagne autour de la date anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant.

Il s’agit de :

  • sensibiliser des enfants dans des classes, des associations, des familles ;
  • créer des ponts entre familles-école-quartier ;
  • permettre la réflexion des enfants sur un thème, toujours en lien avec le vivre ensemble sans exclusion ;
  • associer des parents à une action au sein de l’école ;
  • faciliter l’expression de tous ;
  • donner l’occasion aux enfants de se faire entendre des adultes lors d’un événement festif.

Nous donnons la parole aux parents dans des actions à la sortie des écoles : les petits mots / expression des parents.

Depuis 2012, nous questionnons devant deux écoles élémentaires de Fives, les parents sur des thèmes divers liés à la scolarité, à l’accueil, au lien entre famille et école…

A l’école Lakanal, ce temps des « petits mots du mardi » s’est mis en place avec la médiatrice familles-école (du club de prévention Itinéraires) et quelques parents, tous les 15 jours, à 16h30, dans la cour de récréation.

A l’école Berthelot, ce temps a lieu tous les 15 jours aussi à 16h30 et 17h30 (après l’heure d’étude), pour toucher le maximum de parents.

Sur un panneau préparé avec quelques parents, nous invitons chacun à s’exprimer sur ce qui lui semble important.

Ces idées collectées sont ensuite repartagées à l’équipe pédagogique de l’école pour une meilleure prise en compte de l’avis des parents et une meilleure relation familles-école.

« Comprendre et agir avec l’école pour les enfants »


Une formation-action à destination des parents de l’école Langevin de Cronenbourg

A Cronenbourg, un quartier de Strasbourg, avec l’association des Francas du Bas-Rhin et l’équipe d’ATD Quart Monde locale nous avons proposé des rencontres aux parents de l’école durant toute l’année scolaire 2015/2016, avec deux objectifs : Une meilleure compréhension du système éducatif, et Comment être acteur, s’impliquer dans l’école de son enfant.

Cette école est située dans un quartier populaire de Strasbourg et accueille des enfants d’origines socioculturelles diverses.
Il y a eu en tout 4 rencontres durant l’année scolaire et d’une séance à l’autre entre 5 et 15 parents ont été accueilli à chaque rencontre. 
Le premier objectif était de permettre aux parents de mieux comprendre l’école de leur enfant et d’y apporter de la lisibilité.

A la demande des parents et durant plusieurs séances nous avons pu expliquer aux parents : Qui étaient les différents acteurs de l’école et quel était le rôle de chacun, Les cycles des apprentissages et le socle commun, et Présenter le projet d’école.

Mais nous avons également réfléchi avec eux, comment ils pouvaient s’impliquer davantage dans l’école. Deux idées sont rapidement apparues : monter un projet commun avec les parents, les enseignants et les enfants mais également des échanges ont eu lieu autour de la question de la participation des parents aux sorties scolaires : Comment les parents pourraient donner envie à d’autres parents de participer à des sorties scolaires ? 
L’idée a germé de faire un montage vidéo où serait interviewé à la fois des parents, des enfants et des enseignants.
Nous avons donc apporté tout le matériel nécessaire et les mamans se sont mises derrière la caméra pour se filmer entre elles, filmer les enfants et une enseignante de l’école. 
Chacun a pu témoigner avec ses propres mots, de ce que cela lui apportait d’accompagner les sorties : le plaisir, la découverte de lieux inconnus, voir son enfant ainsi que l’enseignant dans un autre cadre…, les enfants de la joie et la fierté d’avoir avec eux les parents et l’enseignante de la nécessité d’être accompagné.
Le montage final a été présenté aux personnes qui ont participé à la vidéo. 
Celle-ci sera un outil qui sera utilisé aux réunions de rentrée scolaire mais aussi aux différentes réunions qui ont lieu pendant l’année suivante.

Se connaître pour mieux se comprendre et souhaiter avancer ensemble vers cette école de la réussite de tous qui permettra à tous les jeunes de notre pays de se bâtir un avenir à égale dignité les uns des autres, c’est sans doute l’une des conclusions que l’on peut faire de ces quelques travaux. La découverte et l’utilisation de l’outil de formation de Canopé Rennes se répand un peu plus chaque jour, alors à vous ! N’hésitez pas à nous contacter.

Marie-Aleth Grard vice présidente ATD Quart Monde

Conseillère au CESE (Conseil économique social et environnemental) au nom d’ATD Quart Monde dans les sections éducation, culture, communication et Affaires sociales, santé.

Rapporteure de l’Avis « Une école de la réussite pour tous » au CESE en Mai 2015

http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2015/2015_13_ecole_reussite.pdf

alethgrard@gmail.com                                 @AlethGrard    Blog : http://www.atd-quartmonde.fr/magrar

 

 

 Article référence Lille Fives

Lilles Fives Article de la Revue Quart Monde n° 216 http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=5058

 

 

 

 

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Une école de la réussite de tous est possible !

N° 520 – École et milieux populaires

Une école de la réussite de tous est possible !

Marie-Aleth Grard

La pauvreté n’est pas qu’une question d’argent, c’est aussi une question culturelle, qui s’accompagne trop souvent du sentiment de se sentir « différent », d’être sans cesse jugé, et d’en souffrir.

Les parents vivant des situations de grande pauvreté se souviennent d’abord du « fond de la classe ». L’école a été souvent pour eux un lieu de souffrance. C’est pourquoi, une fois que leurs enfants vont à leur tour fréquenter l’école, cela entraîne pour les parents un sentiment contradictoire : d’un côté, c’est le grand espoir que ça se passe bien et que l’école soit pour les enfants un tremplin, un lieu d’épanouissement et de réussite ; de l’autre, les souvenirs d’enfance restent forts, et dès que l’enfant commence à appréhender d’aller à l’école, ces souvenirs remontent, les parents eux-mêmes ont comme un mur à franchir pour s’investir et faire confiance à cette école.

Fort d’avoir perçu que la plus forte aspiration des parents les plus pauvres est que leurs enfants ne revivent pas à l’école les mêmes souffrances et exclusions qu’eux-mêmes, ATD Quart Monde travaille depuis ses origines pour soutenir cette aspiration, en coopérant avec les parents afin qu’ils trouvent comment permettre que leurs enfants réussissent.

Nous avons aussi appris de ces familles que les enfants, pour apprendre à l’école, ont besoin d’être fiers de leur racines, et donc de leurs parents, de leur milieu ; il est presque impossible d’apprendre si on grandit dans la honte.

DES PROJETS PILOTES

Il ne suffit pas de dire cela pour que tout le monde s’en saisisse, c’est pourquoi ATD Quart Monde met en place des projets pilotes, afin de comprendre ce qui est possible : ainsi durant 5 ans, nous avons expérimenté un espace parents à Rennes, dans le quartier de Maurepas. Dans le quartier de Fives à Lille depuis 5 ans, un projet de « promotion familiale, sociale et culturelle » est mené avec de nombreux partenaires, et nous construisons un nouveau projet « un quartier se mobilise pour la réussite de tous les enfants » dans le 18e arrondissement de Paris.

À Lille-Fives, l’équipe d’ATD Quart Monde propose des actions culturelles à destination de leurs enfants, en présence des parents, à domicile, ou à proximité : l’équipe vient avec des albums, de quoi dessiner pour faciliter l’expression, ou des jeux qui permettent aux parents de participer. Leur venue répond à une attente des familles : « Moi j’aime bien ; c’est bien, je découvre des activités à faire avec mes enfants. » « C’est la famille qui apprend en premier aux enfants, avant l’école » (deux parents). C’est souvent une occasion de partager leurs aspirations par rapport à l’école, en même temps que leurs peurs : « Je voudrais que mes enfants réussissent à l’école et ne passent pas par les mêmes galères que moi. » « Comment vais-je aider mon fils qui va entrer au CP alors que je ne sais pas lire ? »

L’équipe d’ATD Quart Monde propose aussi des temps collectifs dans le cadre d’un groupe-parents pour faire émerger les attentes, les sources de blocage, les conditions du dialogue avec l’école. Ces temps sont aussi l’occasion de construire des projets pour le quartier et les écoles, notamment « la campagne annuelle ».

UNE CAMPAGNE ANNUELLE

Cette campagne annuelle se nomme « Vivre ensemble sans oublier personne » ou « Un quartier où tous seraient heureux d’apprendre » ou « Découvrir les talents de chacun », ou « Changer de regard pour mieux vivre ensemble ». Les parents qui ont une vie difficile, mais également tous les autres, sont concernés par cette campagne qui fait réfléchir tous les enfants du quartier aux conditions qu’il faut mettre en place pour « faire une place à chacun dans la classe ou le quartier ». Ils nous aident également à trouver des supports d’animation : préparation d’un décor en tissu qui permet l’interactivité, réalisation de masques pour raconter l’histoire. Les parents vont ensuite proposer l’histoire aux enseignants de leurs enfants et demander d’inviter les autres parents. Ceux-ci aident à la réflexion par petits groupes ou lors du dialogue collectif avec la classe.

Il est indispensable également de se mettre à l’écoute des préoccupations des enseignants. Dans plusieurs écoles du quartier, la volonté de créer des liens plus étroits avec les familles qui ne sont pas dans un dialogue facile avec l’école est un objectif important. Malgré tout, les enseignants disent souvent qu’il y a une partie des parents qu’ils n’arrivent pas à joindre et rencontrer. Plusieurs fois, nous avons eu l’occasion de nous associer à des projets culturels mis en place par l’école en proposant que les parents puissent y participer et en sollicitant ceux qui n’entrent pas facilement dans l’école : un projet de conte musical à l’école maternelle, une fresque peinte.

Enfin, nous expérimentons un outil de dialogue entre parents d’une part, et entre parents et enseignants d’autre part, à la sortie de l’école. Les parents l’ont surnommé : « les petits mots du mardi ». Une question inscrite sur un panneau devant l’école chaque quinzaine est posée à l’ensemble des parents qui attendent leurs enfants à l’extérieur de l’école : « Quels moyens l’école prend-elle pour informer les parents ? », « Parents qu’aimeriez-vous apporter à l’école ? » « Pour vous un parent-délégué c’est… ? » Nous écrivons leurs réponses sur des post-it collés sur le panneau à la vue de tous puis dactylographiés pour la fois suivante : « Un café-parents, ça pourrait être bien pour se connaître entre nous, dit un parent » « Cette action nous invite à changer de regard aussi sur les parents, à se demander si nous comprenons suffisamment leur point de vue, nous dit une enseignante directrice ».

Dans tous ces projets, nous travaillons avec les partenaires du quartier : centres sociaux, associations de parents d’élèves, personnel de l’éducation, mairie, associations de quartier, travailleurs sociaux : un véritable développement social local.

ESSAIMER AU-DELÀ

Nos actions sont évaluées afin d’en dégager des enseignements sur ce qui permet d’associer vraiment tous les parents. Ensuite il est important d’essaimer bien au-delà du quartier où cela a été expérimenté.

Les modes d’essaimages varient en fonction des projets expérimentés ; ainsi celui de Maurepas à Rennes a contribué, avec la mobilisation d’autres sites et associations nationales, à propager l’idée qu’ « en associant leurs parents tous les enfants peuvent réussir ». Depuis 2010, à travers 20 sites en France, des associations nationales, la FCSF, la Fédération des PEP, la FCPE, Prisme, ATD Quart Monde, l’ACEPP, se mobilisent pour faire participer les parents, dont les plus défavorisés, aux projets éducatifs de leur quartier.

Le projet de Rennes/Maurepas a permis de créer en partenariat avec le CRDP de Rennes un outil de formation « Familles école grande pauvreté : Quand parents et enseignants s’en mêlent », accessible sur Internet [1] et que nous essayons de diffuser dans les ESPE.

FAIRE DES PROPOSITIONS POLITIQUES

ATD Quart Monde porte les connaissances acquises lors de ces projets pour faire des propositions politiques. Cette année, j’ai été rapporteure au CESE d’un avis « Une école de la réussite pour tous » ; cet avis sera travaillé d’une part avec Jean-Paul Delahaye missionné par la ministre sur le thème « Grande pauvreté et réussite scolaire », et en « technique de croisement » avec tous les acteurs de l’école notamment des personnes en situation de pauvreté. Un site permet à chacun de contribuer à ce travail : www.reussitedetous.lecese.fr

Il apparait aujourd’hui que tout ce travail a permis des avancées significatives, en particulier dans l’écriture de la loi de refondation de l’école de la République de 2013 (formation à la connaissance des parents qui ont la vie plus difficile, pédagogie de la coopération). Il reste à faire que les relations entre l’école et les parents se renouvellent partout. Il faut instaurer une véritable coopération entre les parents les plus éloignés de l’école et l’école elle-même. Nous en avons la conviction – et la volonté.

Marie-Aleth Grard

Vice présidente d’ATD Quart Monde, représentante du mouvement au Conseil économique, social et environnemental

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Article pour l’APEL (Association des Parents d’Elèves de l’enseignement Libre)

  • L’école doit être un lieu de réussite pour tous, une ambition qui semble éloignée de la réalité, comment y parvenir, quels sont les leviers,  pouvez- vous nous donner des exemples ? 

Afin de réaliser l’Avis du CESE (Conseil Economique Social et Environnemental) « Une école de la réussite pour tous » présenté en mai dernier, nous sommes allés rencontrer des écoles et des collèges où la réussite de tous est déjà en marche. (Réussite = un élève acquiert à la fin du collège le socle commun de connaissance, de compétence et de culture et choisit son orientation).

Tous les enseignants que nous avons rencontré dans les écoles, les collèges où la réussite de tous est déjà « en marche », sont des enseignants soucieux d’avancer ensemble, de comprendre les élèves, des enseignants « en recherche » afin de ne laisser aucun élève sur le bord du chemin. Si le travail en équipe des enseignants est un élément fondamental pour l’école de la réussite de tous, il ne peut à lui seul permettre la réussite de tous les enfants.

  • Comment permettre aux parents les plus éloignés de l’école d’y trouver leur place et les aider à accompagner la scolarité de leurs enfants ?  

Pour les parents, nous pouvons en témoigner, tous les parents, y compris ceux que l’on nomme « les plus éloignés de l’école », souhaitent que leurs enfants réussissent à l’école. C’est bien là leur point d’égalité. Certains ont vécu des scolarités difficiles et ont très peur de retourner à l’école, ou vivent dans des conditions si difficiles que leur enfant est rejeté des autres (vêtements différents, jamais les bonnes affaires, pas d’argent pour les sorties, …). Pour se comprendre il faut se connaître, les parents qui sont plus à l’aise avec l’école sont invités à connaître et mieux comprendre les parents des autres milieux sociaux. Il s’agit que les soutiens soient réciproques pour bâtir ensembles des ponts qui permettront à tous les enfants de développer leur intelligence à égalité les uns des autres.

Pour les enseignants accueillir les parents par groupe de deux ou trois pour leur faire vivre dans la classe un moment d’apprentissage, temps où ils voient, entendent, comprennent la façon de travailler de l’enseignant sans oublier la fin de ce temps, où les parents pourront parler d’adulte à adulte avec l’enseignant en étant vraiment reconnu comme le parent, premier éducateur de leur enfant.

  • Vous dites souvent que la mixité sociale est une richesse pour comprendre les autres, pouvez-vous expliquer ?

La société dans laquelle nous vivons est faite de différents milieux sociaux. Notre système scolaire forme bien les élèves qui seront demain l’élite de notre pays. Ces enfants, ces jeunes ne seront vraiment bien formés à mes yeux, que si ils connaissent, comprennent les différents milieux sociaux qui composent notre pays. Sociologues et chercheurs dans le domaine de l’éducation le montrent sans cesse, si l’on permet aux enfants de différents milieux sociaux de jouer, penser, apprendre ensembles, les meilleurs élèves continuent de progresser et les élèves les plus en difficulté progressent aussi. La non mixité sociale regroupant majoritairement des élèves en difficulté fait que naturellement on a tendance à baisser le niveau d’exigence ce qui est dommageable pour les élèves.

Encadré conseils aux parents

  • Tous les parents souhaitent que leurs enfants réussissent à l’école, quelque soit leur milieu social, certains ont besoin de soutien et de bienveillance pour renouer et tisser des liens de confiance avec l’école. Il faut parfois du temps pour retrouver le dialogue avec l’école, les parents qui en sont les plus éloignés doivent pouvoir trouver auprès des autres parents une écoute.
  • Les parents : un maillon essentiel pour la réussite des enfants à l’école. Lorsqu’un enfant sent qu’il y a trop de différences entre ce qu’il vit chez lui et ce qu’il vit à l’école, il n’arrive plus à apprendre. Pour débloquer « ce conflit de loyauté » il faut établir un lien entre les enseignants et les parents.
  • Permettre aux enfants de différents milieux sociaux dès le plus jeune âge de jouer, penser et agir ensemble sera profitable à tous les enfants ; cet acquis sera pour chacun d’eux une vraie richesse lorsqu’ils seront adultes.
  • Former tous les parents délégués pour qu’ils soient dans un rôle d’écoute, de soutien, pour bâtir avec tous les parents une école qui respecte chacun et permet la réussite de tous.
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Socle des Droits Sociaux en Europe

Intervention Marie-Aleth Grard – ATD Quart Monde   

Plénière du CESE du 14 Décembre 2016

Monsieur le Président, Chers Collègues

Madame et Monsieur les rapporteurs, Chère Emelyn, Cher Etienne,

Permettez moi tout d’abord de vous féliciter pour le travail clair et précis accompli. Le sujet est de taille ! J’espère que le ministre reprendra vos propos engagés pour défendre ce sujet.

Aujourd’hui alors que l’inquiétude grandit pour beaucoup d’Européens, et que les effets destructeurs de la précarité et de la grande pauvreté sont de plus en plus apparents, ainsi près de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté actuellement en France, et nous sommes l’un des pays les plus riches du monde ! Dans notre système scolaire 3 millions de jeunes vivent sous le seuil de pauvreté et 1,2 million dans la grande pauvreté !

Si il nous faut retenir un point de cet Avis c’est d’insister pour dire combien l’interdépendance et l’indivisibilité des droits de l’homme sont indispensables si nous voulons vraiment que la vie des plus pauvres en France et en Europe change pour une véritable égale dignité pour tous.

Un socle de droits sociaux, c’est à la vérité un socle de droits tout court ce qui n’existe pas aujourd’hui en Europe.

Il y a certes des protections pour une partie des personnes, mais on peut aujourd’hui dans les 28 pays en Europe dormir dans la rue avec ses enfants, ne pas être soigné, ne pas pouvoir faire face à des frais d’obsèques, sortir de l’école sans savoir lire et écrire, ne pas manger à sa faim, ne pas avoir de travail depuis des années.
Et surtout ne jamais se voir demander son avis  sur ce qui se passe dans son quartier, dans son pays et même sur ce qui concerne sa propre famille, ses enfants et leur avenir.

Nous parlons de socle cela suppose une base qui ne peut pas exister sans inscrire un véritable objectif d’éradication de la misère en Europe.
Sinon il nous faut parler de dispositifs de protection spécifique mais pas de droit.

Parler de socle de droits c’est mettre en place une vraie garantie pour tous, avec des moyens de recours.

Dans ce sens, je me réjouis particulièrement de la recommandation 7 faite par notre assemblée de faire de la charte sociale européenne de 1996 un élément de base du futur socle. C’est un pas vers l’effectivité des droits.

C’est aussi un encouragement pour tous ceux qui se battent jour après jour face à l’absence de logement, au manque de ressources, au manque de cohérence des politiques publiques dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Un tel encouragement est fondamental comme le soulignait Joseph Wresinski, et je le cite « Ce que les pauvres recherchent, c’est la considération. Celui qui l’a toujours eue ne s’imagine pas ce que c’est que d’en manquer. Être honoré renouvelle une vie ».

Je voterai cet Avis.

 

 

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Impact du chômage 21ème critère de discrimination

Le travail autour de cet Avis a permis à la section des affaires sociales de mesurer vraiment l’impact du chômage sur les personnes directement touchées et leur entourage, car comme il est écrit dans votre conclusion « il y a une urgence absolue à proposer un accompagnement global à toutes les personnes privées d’emploi prenant en compte leur santé, leur parentalité, » … Pointer les conséquences du chômage sur des hommes, des femmes, des familles, sortir des statistiques ou des stéréotypes associés aux chômeurs, pour tenir compte de l’égale dignité de chacun … de tout cela je vous félicite et vous en remercie Madame la rapporteure, Chère Jacqueline.

Je souhaite également souligner l’importance de la première préconisation :

Vous nous proposez, alors que les sénateurs l’ont voté le 18 Juin 2015, d’encourager les députés à voter la reconnaissance d’un 21ème critère de discrimination pour précarité sociale.

Une loi n’empêchera pas les discriminations, mais elle représentera un marqueur pour notre société, un point de repère sur lequel on pourra s’appuyer pour refuser que des personnes continuent de subir le rejet.

Pascal est au chômage depuis 18 mois, n’étant pas qualifié il n’a jamais pu rencontrer de conseiller de Pole emploi mais tente de rester inscrit par l’intermédiaire d’une boite vocale, jusqu’au jour où sa voix n’est plus reconnue. Pascal est alors radié de Pole emploi du jour au lendemain. Il tente de se réinscrire, des changements viennent d’avoir lieu. Il faut qu’il le fasse par internet. Mais Pascal n’a plus de revenu, et n’a pas d’accès à internet. Comment faire, comment ne pas se décourager ? Comment ne pas se sentir inutile ?

Reconnaître la discrimination pour précarité sociale serait un signe fort de la volonté de notre pays de continuer à enraciner la fraternité dans notre vivre ensemble. Notre République, dans sa loi, refuserait alors tout comportement discriminant dans quelque domaine que ce soit et n’accepterait plus que des citoyens soient traités différemment du fait de leurs difficultés sociales.

« Considérer les progrès de la société à l’aune de la qualité de vie du plus démuni et du plus exclu, est la dignité d’une nation fondée sur les Droits de l’Homme. » . C’est à l’application de cette maxime gravée à l’entrée de notre Conseil que nous invite cette préconisation.

Et puis n’oublions pas le CESE a omis de marquer dans les perspectives des cinq années à venir le combat contre la pauvreté, l’occasion nous est donné de marquer avec le vote favorable de cet Avis, et en particulier de cette préconisation de reconnaissance du 21ème critère de discrimination pour précarité sociale, de marquer notre volonté de combattre la pauvreté.

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Notre système scolaire est terriblement inégalitaire

Notre système scolaire est terriblement inégalitaire, la France de l’échec à l’école est, dans son immense majorité, issue des catégories sociales défavorisées. Cela résulte, pour partie, de l’organisation de notre système éducatif.

 

Membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE), j’ai pu aller à la rencontre d’écoles et de collèges où la réussite de tous est déjà en marche, dans le cadre de la préparation de l’avis du CESE, « Une école de la réussite pour tous », présenté en mai 2015.

Ce document décrit les parcours scolaires d’enfants de milieux très défavorisés. Ils sont édifiants : aucun enfant n’a un parcours « normal », l’un passe par des filières spécialisées, l’autre par celle du handicap, très peu d’entre eux sortent de l’école avec le moindre diplôme.

Dans les sections d’enseignement général et professionnel adapté, les filières pour les élèves les plus en difficulté au collège, on trouve 84 % d’enfants issus des milieux populaires (ouvriers, employés, sans profession) et moins de 2 % d’enfants de cadres et d’enseignants. Ils sont 72 % en classes d’intégration scolaire, à l’école élémentaire. Cette situation est insupportable.

Des chercheurs en éducation, des sociologues (entre autres Agnès van Zanten, Stéphane Bonnéry, Sylvain Connac, Jean-Yves Rochex…) l’ont montré dans leurs travaux : mettre à part les enfants qui présentent des difficultés scolaires leur est totalement dommageable. Les mélanger aux autres enfants ne fait pas du tout baisser le niveau des meilleurs et permet aux plus en difficulté d’être entraînés, soutenus dans leurs apprentissages.

L’avis du CESE avance 59 préconisations pour que l’école, conformément à la loi de refondation de l’Ecole de la République de juillet 2013, soit inclusive, c’est-à-dire qu’elle s’adapte et respecte l’élève, le rythme et l’autonomie de chacun.

Gouvernance bienveillante et exigeante

Tous les enseignants que nous avons rencontrés dans les écoles et les collèges où la réussite de tous est déjà en marche sont soucieux d’avancer ensemble, de comprendre les élèves, afin de n’en laisser aucun sur le bord du chemin. Le travail en équipe des professeurs est un élément fondamental pour l’école de la réussite de tous.

La formation initiale et continue des enseignants à la connaissance des différents milieux sociaux nous paraît également très importante. Tant d’enfants, de jeunes, sentant trop de différences entre ce qu’ils vivent chez eux et ce qu’ils vivent à l’école, sont bloqués dans leurs apprentissages.

Les relations parents-professeurs sont essentielles pour permettre à l’enfant d’apprendre, et au père, à la mère et à l’enseignant d’être reconnus chacun dans son rôle d’éducateur. La formation à la connaissance des différents milieux sociaux permettra aux professeurs de mieux comprendre les élèves de leur classe, ce qu’ils vivent au quotidien, leurs réactions et leurs questions.

Enfin, nous l’avons constaté, toutes les pédagogies ne permettent pas la réussite de tous les enfants. Nous recommandons celle de la coopération, qui permet davantage de solidarité, d’écoute de l’autre et développe la confiance en soi, ainsi que la pédagogie différenciée adaptée au niveau de chaque enfant.

L’école de la réussite de tous n’essaimera sur tout le territoire que si elle bénéficie d’une gouvernance bienveillante et exigeante. Mais si le travail en équipe est un des leviers de la réussite de tous, l’inspection individuelle ne peut permettre à elle seule d’évaluer un enseignant. Les directeurs et chefs d’établissement, les inspecteurs, sont les animateurs des équipes pédagogiques. Ce sont eux qui peuvent impulser, encourager, en bref permettre d’oser.

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