Réduction de la pauvreté : le danger de l’écrémage

Réduction de la pauvreté : le danger de l’écrèmage

Pourquoi nous pensons que certains objectifs chiffrés sont contre-productifs.

Bruno Tardieu

Nous nous réjouissons du courage politique du gouvernement de vouloir se donner des objectifs mesurables dans la lutte contre la précarité et la misère. Mais la méthode annoncée relève d’une efficacité à courte vue, et inquiète profondément les populations très défavorisées. Martin Hirsch propose de commencer par “ la population charnière ”, celle qui est la moins pauvre parmi les pauvres. Ce type d’action ne pourra s’attaquer au « noyau dur » de la grande pauvreté vécue par nos concitoyens aux prises avec des précarités qui s’accumulent – trop faible formation scolaire, revenus impossibles, logement indigne, image de soi et des siens très abîmée…

Le choix de commencer par les moins pauvres parmi les pauvres est inacceptable d’un point de vue éthique. Accepterions-nous qu’il soit décidé par les pouvoirs publics de soigner prioritairement le tiers le moins atteint des malades du cancer, ou les personnes les moins blessées lors d’un accident de la route ? Quand on a aboli l’esclavage, c’était pour tous, pas seulement pour un tiers des esclaves ! Mais dans le domaine de la lutte contre la misère, à cause peut être d’un fatalisme ancestral, on se dit : “ c’est déjà ça ”. Continuer la lecture

Immigration et refus de la misère

Contre-Sommet Citoyen sur les migrations et Journée mondiale du refus de la misère

Bruno Tardieu

Depuis 50 ans qu’ATD Quart Monde existe, nous avons toujours constaté que ce sont les plus pauvres de nos pays qui accueillent dans leurs zones grises, à l’écart du droit commun, les populations de réfugiés économiques, réfugiés de guerre ou de catastrophes écologiques.

Comme le disait le Père Joseph Wresinski : « les familles du Quart Monde et les immigrés vivent ensemble (…) même si cette marche au coude à coude n’est pas facile. »

Profitons de la journée mondiale du refus de la misère pour saluer les quartiers les plus pauvres. Ce sont eux qui font l’effort de l’accueil des nouveaux immigrants : dans les camps de caravanes des bidonvilles, où l’on fait toujours une place pour les voyageurs venus de l’Est ; dans les cités insalubres et à moitié démolies où s’entassent dans le même partage de la misère des familles de toutes origines. Continuer la lecture